Des images XXX à la portée des plus jeunes: les ados et le porno

Voici une ou deux générations, la vision des court-métrages pornographiques était réservée à des salles spécialisées ou à des cabines privées dans les « sex shops ».
Et maintenant ?
Le petit écran personnel, constitué par l’ordinateur ou la tablette, devient un distributeur d’images, largement ouvert sur tout ce qui peut se voir sur le Web.


Malgré la mention dissuasive : interdit aux mineurs, malgré le contrôle parental, l’accès aux contenus pornographiques est devenu banal pour nos adolescents.
Certaines études  ont montré que sur une classe d’enfants de 11 à 12 ans, 60 % des garçons et 30 % des filles déclaraient avoir déjà vu un film pornographique.
30 % des garçons, de 14 à 18 ans, avouent regarder des films pornographiques de manière habituelle, alors que chez les filles, la proportion serait de 5 %.
Faut-il y voir un prude mensonge ou une réalité tout à fait objective ?
Nous ferons la différence entre le film « sexy », où les acteurs ont des tenues et des comportements provoquants et le film pornographique où le héros central de l’intrigue est le « Sexe » dans ce qu’il a de moins romantique.
Les enquêtes sont allées beaucoup plus loin en interrogeant les adolescents sur leur réaction face à des images « choquantes ».
L’opinion des garçons serait plutôt positive pour plus de 50 % d’entre eux ; ils rangeraient ce nouveau loisir dans le cadre « amusant et distrayant ».
L’opinion des filles serait négative pour plus de 50 % d’entre elles et le terme de dégoût est le plus souvent évoqué.
Le caractère, misogyne et dégradant des images, est mis en avant dans leurs réponses.
Michela Marzano, philosophe et chercheuse au Centre national de recherche scientifique, nous dit que ce chiffrage n’est pas aussi clair qu’il y paraît.
Elle souligne l’ambivalence des jeunes spectateurs face à des images où la femme est assimilée à un objet forcément consentant et forcément demandeur.
La réflexion, « toutes les femmes sont des putes, sauf ma mère, ma sœur et ma petite amie », est d’actualité dans la tête des garçons.
Les filles sont plus en demande de romantisme et de sexualité riche en sentiments, plutôt que « consommatrices de sexe visualisé », comme pourraient l’être les garçons dans leurs discours.
Les images pornographiques génèrent une norme dans les rapports hommes-femmes et un mode d’emploi sexuel qui éloigne les adolescents de la réalité amoureuse.
Pourrait-on craindre que de telles images aient une influence négative chez les adolescents ?
Ce serait aller vite en besogne, toutefois les résultats de l’enquête européenne, ESPAD, pourraient être superposés aux enquêtes du continent nord-américain.
Aux USA, le porno est présenté « comme une crise de santé publique ».
Certaines enquêtes soulignent le parallèle qui est fait entre les consommateurs réguliers de films pornographiques et les conduites à risques représentées par les fugues, la violence, la consommation de toxiques et des conduites suicidaires.
Faudrait-il interdire le porno comme le voudraient les adeptes moralisateurs ou faudrait-il voir dans cette « révolution du XXX » un nouveau territoire de liberté pour les plus jeunes?
Ce qui est sûr, c’est que la pornographie reste une source de revenus incontournable dans l’industrie cinématographique professionnelle et dans le tournage cinématographique artisanal.
En tant qu’adulte soucieux d’un développement harmonieux chez les enfants et adolescents, l’on ne peut que recommander une stricte sélection familiale des visionnages autorisés mais… les parents le peuvent-ils ?
N’est-il pas déjà trop tard ?
Les objets connectés étant de plus en plus nombreux, l’on ne peut compter que sur la solidité de la construction psychologique de nos enfants pour qu’ils traversent sans dommage la banalisation du « sexe hard ».

Docteur Henri PULL.

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Henri Pull

Henri Pull

Psychiatre et pédopsychiatre. Psychothérapeute. Expert médico-légal. Conférencier Formateur auprès d’entreprises. Intervenant Radio France. Auteur de deux livres : « Parents-Enfants » 200 réponses aux questions les plus fréquentes. (Édition Grancher) « Stress comment reconnaître et soigner vos 150 stress quotidiens ». (Édition Grancher)
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