Du stress dans ses loisirs?

Le sport pratiqué et l’obligation de résultat qui s’y rattache.

Un esprit sain dans un corps sain disaient nos sages anciens ; il n’y a rien de plus à rajouter à cela et pourtant…

L’activité sportive devrait rester un loisir, une source de plaisir, un exutoire canalisant les pulsions les plus diverses avec sans doute une obligation de moyens mais sans nécessairement une obligation de résultat.

-          Je fais du vélo

Selon le niveau de l’épreuve, il me faudra une certaine qualité d’équipement et un certain degré de forme physique. En prenant note de cela, je m’astreindrai à une obligation de moyens,  je me donnerai les moyens d’être compétitif et d’espérer la victoire.

Voici la course, un stress m’envahit, cette alchimie émotionnelle agissant en véritable tonique s’avère, si elle est contenue, autant indispensable qu’une bonne forme physique. Je qualifie ce stress de positif et justifié par le simple fait d’être en compétition face à moi-même et par rapport à toute une meute de concurrents. Dans cette situation je serai acteur et s’éveillera en moi un désir canalisé et socialement admis de vaincre.

L’obligation de résultat, elle, me projettera à l’arrivée alors que je n’aurai pas encore pris le départ ; les répercussions de ce résultat pourront être financières, narcissiques, honorifiques… Le stress de départ s’en trouvera majoré, la compétition plaisir deviendra une question inconsciemment vitale.

Le vécu de l’échec sera à la mesure des différentes éventualités prises en compte : de simple péripétie dans le premier cas, nous aurons une tragédie dans le second cas, amenant le sportif à tous les excès pour ne pas courir le risque de la connaître. Ces excès reconnus et sanctionnés par les fédérations sportives se nommeront dopages, tricheries, surentraînements et imprudences. Ces mêmes fédérations se gardent bien pourtant de réfléchir aux raisons qui auront poussé un athlète irréprochable à se tourner vers des drogues censées lui garantir, sans coup férir, le succès.

Une simple activité « plaisir » devenue activité « métier » et activité « faire-valoir » deviendra inévitablement une source de stress, justifiée sans doute par les répercussions directes et indirectes de son issue, mais totalement injustifiée par la nature même de l’activité, faire du sport.

Ce stress négatif rendra le sport superposable à toute activité professionnelle contraignante, sans apporter au pratiquant la détente qu’il serait en droit d’y trouver.

Le sport et le regard des autres.

Les nouvelles activités du citadin d’aujourd’hui ont peu à peu réduit l’effort physique journalier à la portion congrue. La place occupée par la voiture, garante de déplacements rapides et aisés, la présence de transports en commun, alternative incontournable à la vie citadine, ont fait oublier par nécessité la marche. La sédentarité excessive a fait rapidement entendre sa voix et a exposé ses stigmates dans le reflet du miroir par le biais des prises de poids excessives, des fontes musculaires dramatiques, d’attitudes scoliotiques… etc.

Le sport, nouvelle discipline devenue obligatoire par nécessité physique et sociale s’est immiscé par la petite porte dans un premier temps puis a su s’imposer comme un impératif valorisant aux yeux de la plupart d’entre nous.

Ne doit-on pas le spécifier en bonne place sur son curriculum vitae ?

N’est-il pas de bon ton de s’habiller sport à la moindre occasion ?

Le regard du groupe, devenu contrainte « à se bouger », exercera sa tutelle, nous amenant à nous déguiser en sportif, à souscrire un abonnement dans une salle de gymnastique ou à trottiner sans que le plaisir soit au rendez-vous.

L’absence de gratification ou de compensation positive, nous l’avons vu dans les chapitres précédents, sera assurément le point de départ d’un mal-être croissant.

Je ne sais pas me détendre pendant mes loisirs !

Ce type de réflexion, souvent après coup, illustre la contradiction entre le mot loisir et le mot détente.

Le mot loisir, du latin licere : être permis, désigne le temps dont nous disposons en dehors de nos occupations habituelles ; il constituerait donc en fait la récréation chère à notre enfance.

La détente, le relâchement d’une tension physique ou morale, va dans le sens d’un mieux-être et dans le sens d’une réparation.

Pourquoi cette incapacité à voir se rejoindre ces deux mots?

L’activité professionnelle ou habituelle occupe durant la semaine un temps déterminé ; ce temps permet à chacun de gagner un salaire, d’exercer un métier, d’assurer l’intendance ménagère et de veiller à l’équilibre raisonné des tâches pour parvenir au bien-être matériel  du foyer.

Le loisir évoqué plus haut serait un temps à emplir avec des tâches supplémentaires. Il ne serait alors qu’un stresseur de plus que l’on s’imposerait, donc qui « coûterait » sans autoriser un bénéfice compensatoire suffisant. Aujourd’hui, pour beaucoup, les activités qualifiées de loisirs s’apparentent à un ensemble d’obligations au minutage souvent trop juste et à des distractions pas toujours choisies librement.

Casser le rythme habituel en sachant se poser reviendrait à éveiller des scrupules, à se sentir véritablement coupable alors qu’il reste tant à faire!

Cette dimension d’impératifs que l’on accumule et que souvent l’on se crée pour toutes sortes de bonnes raisons, désapprennent l’inaction-repos dans le sens total du terme : repos physique et moral.

Ce réapprentissage à la détente passera obligatoirement par un état des lieux du planning – loisir, un allègement de celui-ci et un temps obligatoire de non-action que nul ne sera habilité à distraire.

Activité vraiment choisie ou socialement correcte ?

Ainsi que nous l’observons souvent, l’homme moderne doit être actif ; pour lui-même sans doute et pour l’image qu’il renverra autour de lui.

Une activité occupationnelle non choisie, non gratifiante devra être abandonnée car inévitablement, à notre insu, elle entamera notre capital crédit. Dans ce crédit il faudra y voir la patience, la disponibilité, la joie de vivre, la créativité et la capacité d’amour.

Le socialement correct gratifiera transitoirement le personnage social qui est en nous, c’est-à-dire nous apportera un mieux-être simplement superficiel.

Le stress essentiellement négatif généré par des choix boiteux, coûteux en énergie, sera rapidement soulagé en reconsidérant la nature et la réalité des avantages apportés par les activités pratiquées tout en veillant à ce que de nouveaux choix, apparemment initialement  bons, ne deviennent de nouveaux stresseurs à combattre.

 

Le bricolage, la cuisine, le ménage, le repassage, la couture …

Les heures passées hors de chez soi pour travailler se sont pour beaucoup réduites au fil des revendications catégorielles, des progrès sociaux et des possibilités d’aménagements du temps de travail.

L’être humain est-il fait pour être actif 35 heures et non-actif 133 heures par semaine ? Sans doute pas puisqu’en dehors du temps imparti au sommeil, il s’active et s’investit à la maison dans des tâches véritablement professionnelles.

Considérons celles-ci :

Le bricolage, les tâches ménagères, les aides aux devoirs sont autant de métiers après le travail officiel.

Ces activités autrefois confiées à des professionnels, qu’ils soient artisans, employés de maison ou répétiteurs scolaires, débordent l’enceinte familiale et l’envahissent. Elles vont le plus souvent dans le sens d’un mieux-être futur malgré un mal-être présent.

Peser le pour et le contre, savoir dégager du lot des tâches contraignantes l’incontournable de l’accessoire gommeraient une partie de ce stress superflu qui fait dire à beaucoup :

 - Je n’ai jamais de temps pour moi !

Les activités contraintes, les visites de convenance… Faut-il toujours dire oui ?

Nous vivons en société et de ce fait sommes inévitablement impliqués de par nos fonctions, nos goûts, nos enfants, nos enthousiasmes… à toute une valse de rituels sociaux contraignants certes de prime abord, mais souvent gratifiants secondairement.

Pondération et modération resteront les mots de la situation.

 

Savoir s’excuser, savoir dire non est aussi un acte social que les autres pourront entendre.

Nous rentrons toujours lassés et enrichis de stress supplémentaires après des sorties forcées.

Apprendre à les identifier sur l’agenda, savoir en alléger la fréquence, voici deux impératifs à ne pas négliger !   

 Dr Henri PULL

 

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Henri Pull

Henri Pull

Psychiatre et pédopsychiatre. Psychothérapeute. Expert médico-légal. Conférencier Formateur auprès d’entreprises. Intervenant Radio France. Auteur de deux livres : « Parents-Enfants » 200 réponses aux questions les plus fréquentes. (Édition Grancher) « Stress comment reconnaître et soigner vos 150 stress quotidiens ». (Édition Grancher)
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