Handicap « invisible » et travail

Le modèle québécois concernant la méthode de production spécifique au handicap avance que « le handicap dépend de l’environnement dans lequel la personne vit et mène ses activités.  Si l’environnement est adapté à la personne, le handicap peut changer ou même disparaître ».

Si l’on transfère cette notion à l’environnement du travail, l’accent sera mis sur la responsabilité qu’ont les entreprises à accueillir et intégrer les personnes handicapées au sein de leurs équipes. En faisant cela, les entreprises peuvent jouer un rôle important au sein de la société en réduisant ou faisant disparaître les handicaps.

La tentation d’établir une typologie des différentes déficiences est forcément réductrice, mais elle permet de donner un premier éclairage sur la diversité des manifestations du handicap : moteur, auditif, visuel, mental, psychique.

Quelques chiffres pour vous faire réagir !

4 % des personnes handicapées moteurs se déplacent en fauteuil

Environ 4 % des personnes malvoyantes sont aveugles

Moins de 2 % des malentendants utilisent le langage des signes

Les associations estiment à environ 600.000 en France le nombre d’handicapés psychiques.

6 millions de personnes handicapées

1,8 millions de personnes reconnues administrativement travailleurs handicapés

Plus de 80% des personnes handicapées ne sont titulaires que du BEP ou du CAP.

Taux de chômage des personnes handicapées : supérieur à 20%.

80% des handicaps sont invisibles

90% des travailleurs handicapés n’ont pas besoin d’aménagement de poste

85% des handicaps sont acquis après l’âge de 16 ans. On ne nait pas handicapé, on le devient.

Au cours de sa vie active, une personne sur deux sera confrontée à une situation de handicap, qu’elle soit durable ou réversible.

L’image du handicap dans l’inconscient collectif mérite quelques réflexions.

L’ensemble d’un groupe social réagit face à une minorité considérée comme défavorisée, sinon débitrice, de manière stéréotypée résumée en trois points.

Soit par des conduites de négation allant dans le sens d’une indifférence opiniâtre,

Soit par des conduites de recul sinon d’évitement face à la différence,

Soit plus paradoxalement des conduites de surprotection entravant d’autant toute velléité d’autonomisation.

 

Sur un mode conscient le handicap suggère une vision négative de castration, d’altération, de disgrâce. Cette image dévalorisée réactivera tout un univers inconscient d’angoisse de mort, de phobies multiples ou s’amalgament la peur de la maladie, la peur de l’autre, la peur de l’inconnu.

Je rappellerai que l’image du handicapé débiteur se trouve renforcée par des opérations allant dans le sens de la quête sur la voie publique ; mendier n’est-ce pas un pis-aller pour quiconque, étant entendu, au propre comme au figuré, qu’en tendant la main on reconnaît tacitement la supériorité du donateur dont on attend quelques miettes.

Le handicapé, antihéros dans l’inconscient collectif, contribuera à élargir le fossé en fuyant le contact, en privilégiant un isolement plus économe en anxiété, mais beaucoup plus stérile sur le moyen terme et enfin en ne saisissant pas toujours les opportunités mises à sa disposition par méconnaissance ou inhibition.

Cette recherche d’isolement ou de mise à l’abri se traduira par une propension à développer des complications nécessitant des arrêts de travail multiples, un ensemble de comportements conduisant à se replier sur son handicap.

L’expérience professionnelle m’a souvent montré l’importance de la prise en compte initiale de l’organisation psychologique du sujet.

  • Chaque structure de personnalité réagit spécifiquement face à la perte d’autonomie et ne donne pas le même sens à l’altération de son champ d’action. Il sera toujours bon d’identifier la nature du bénéfice secondaire escompté par le patient et le quantifier. Par exemple, être dépendant peut devenir une raison sociale pour celui-ci incapable de s’inscrire autrement dans le groupe, être dépendant peut devenir un élément de séduction ou tout au moins une raison d’attention particulière pour celui-là isolé et délaissé. L’aide devient alors l’objet à sauvegarder, alors que l’autonomisation, toutes proportions gardées, s’assimile à l’ultime étape avant d’être « bouté » hors d’un refuge offrant, attentions, rémunération, vie sociale et protection.
  • Toute mobilisation a besoin d’un moteur ; ce moteur est le désir de vivre, facteur majeur à considérer.
  • Je dois souligner la notion de maturité qui permettra à chaque personne d’accepter d’aller vers l’autonomie.

Autonomie, insertion et environnement extérieur qu’il soit social, architectural ou matériel : mon environnement a-t-il pris en compte mon désir d’exister malgré mes limites?

  • L’environnement social : le comportement de l’entourage au sens large du terme face au déficit et les possibilités de « sublimations » offertes par la société dans laquelle il aspire à s’inscrire ou à se réinscrire en tant qu’acteur, constituent l’un des piliers de cette autonomie.
  • L’environnement architectural et technique adapté. Je ne ferai que souligner l’importance d’un accès aisé / d’un équipement technique adapté à tous les lieux de vie.
  • L’environnement matériel qui va de pair avec l’accès au travail reste une réalité cuisante.

De façon générale, quelles solutions peut-on proposer pour un meilleur accueil du salarié dans l’entreprise ?

Le désir d’aide et autonomie demande en parallèle une approche technique des besoins et une approche psychologique.

Un projet d’autonomie passe par une formation professionnelle lorsque les conditions le permettront. Encore une fois, sur ce point une évaluation des potentialités devra être conduite avec l’intéressé. S’il y a lieu, le projet professionnel devra déboucher sur une réelle possibilité d’emploi, aussi le pragmatisme sera de mise.

Je ne ferai que souligner la dimension narcissique allant dans le sens de la valorisation et l’intérêt matériel rattachés à toute activité professionnelle.

La mise en avant des handicaps « visibles » discrimine indirectement les handicaps dit « invisibles » et fait que, parfois, seuls les handicapés « moteurs » seront prioritairement embauchés: cela fait très « handi-accueillant » de voir à un poste d’accueil une personne en fauteuil roulant.

Le risque ? Que cela serve uniquement la communication de la marque employeur. « Regardez, on embauche du handicapé! On est respectueux de la Loi. »

Que le handicapé visible ne soit réduit à n’être qu’un relais de la communication d’entreprise, et non reconnu forcément comme un professionnel à part entière.

Les handicaps « invisibles ».

Le handicap d’apprentissage

Les handicaps dits à tort mentaux, et plus spécifiquement cognitifs (des troubles de l’apprentissage, comme la dyslexie, la dysorthographie, la dyscalculie, ou encore des traumas crâniens qui occasionnent des troubles des fonctions supérieures dont la mémoire…) invitent à réfléchir différemment. Car il ne faut pas simplement aménager le poste de travail, mais aussi l’environnement de travail. Le stress peut les majorer de façon spectaculaire.

Les déficiences sensorielles

Les déficiences sensorielles légères ou modérées, par exemple, la basse vision (l’amblyopie…) l’hypoacousie (la malentendance légère) qui peuvent être compensés par le fait de s’asseoir à un endroit approprié de la salle ou par une question d’éclairage.

Les maladies internes

Les maladies internes, comme le diabète, les maladies cardiaques ou respiratoires, le lupus, les cancers, etc., qui peuvent interférer avec les capacités d’attention ou d’éveil, en particulier quand il y a des ajustements du traitement médical. L’assiduité et la performance de ces travailleurs peuvent être erratiques. Ils feront sans doute appel à des aménagements de temps.

La personne handicapée, laboratoire de proximité

La personne en situation de handicap est un véritable laboratoire de recherche de proximité. Au lieu de consulter des prestataires pour savoir quoi mettre en place, l’entreprise a l’opportunité d’avoir un salarié qui vous dira immédiatement ce qui ne va pas, ce qu’il faut changer et comment le faire ; il fait cet exercice d’adaptation en permanence, il est un stratège des solutions compensatoires.

Le handicap psychique

Comment se manifestent les troubles psychiques et quels sont les troubles potentiellement handicapants ?

La situation de handicap n’est pas fonction du type de maladie ou des troubles. Elle est principalement déterminée par l’intensité, la durée et la chronicité des symptômes, entraînant des besoins de soins plus ou moins importants et une situation de dépendance. Les troubles sont divers et multi­formes. Tous ne génèrent pas de handicap.

Certaines personnes expriment fortement leur volonté de continuer à travailler malgré leur handicap, parfois temporaire. Leur accès ou retour à l’emploi nécessite parfois un accompagnement particulier, des aménagements et, dans tous les cas, une reconnaissance de leurs besoins spécifiques. C’est pourquoi toutes les ressources et acteurs de l’insertion doivent être mobilisés pour dépasser les freins à l’insertion professionnelle et autoriser la personne à exister socialement.

La reconnaissance du handicap psychique est une opportunité pour prendre en compte les spécificités posées par les troubles psychiques dans le monde du travail.

Les troubles de la pensée n délires, idées obsessionnelles, fuite ou incohérence des idées, lenteur ou appauvrissement de la pensée… Les personnes ont, par exemple, du mal à suivre une conversation, leurs pensées sont confuses ou elles racontent des histoires incohérentes.

Les troubles de la perception: hallucinations, déréalisation…Ces troubles se manifestent par des visions ou des voix que la personne croit percevoir ou entendre de façon très réelle. On observe alors des comporte­ments où elle semble parler toute seule.

Les troubles de la communication et du langage: repli autistique ou, au contraire, exaltation et excitation… Le salarié ne peut s’adresser à quelqu’un qu’il ne connaît pas. Au contraire, il peut être particulière­ment bavard et rechercher le contact avec les autres par n’importe quel moyen.

Les troubles du comportement: agitation, agressivité contre soi et contre les autres, rites obsessionnels, phobies…

Des comportements répétitifs comme se laver les mains ou le rejet systématique de certaines situations (foule, enfermement) sont souvent des réponses à des angoisses très fortes.

Les troubles de l’humeur: troubles dépressifs ou états maniaques, c’est-à-dire excitation et agitation psychomotrice…

Certaines personnes vivent l’alternance d’états de tristesse et de fatigue psychique intenses suivis de phase de grande exaltation qui les désinhibent et leur permettent la réalisation d’une multitude de projets sans ressentir la fatigue.

Les troubles de la conscience et de la vigilance: ils se manifestent par des difficultés à se concen­trer, des états de somnolence.

Les troubles du sommeil: beaucoup de person­nes souffrent d’insomnies ou de difficultés d’endormissement et vivent parfois à des rythmes totalement décalés (elles dorment le jour et restent éveillées la nuit).

Les troubles cognitifs: mémoire, attention, juge­ment, orientation temporelle et spatiale, difficultés de conceptualisation et d’abstraction. Notamment à cause des traitements médicamen­teux, il arrive que la personne ne puisse plus réali­ser les mêmes tâches qu’auparavant ou les accom­plissent en un temps plus long.

Les troubles de la vie émotionnelle et affective n anxiété, angoisse, indifférence, discordance ou instabilité affective, troubles du caractère.

Les troubles psychiques entraînent parfois des réac­tions étranges face à certaines situations : par exem­ple, une grande indifférence face à la mort d’un être cher ou au contraire une grande douleur face à un événement qui paraîtrait anodin habituellement.

L’expression somatique des troubles psychiatri­ques n somatisations, plaintes, altération de l’état général.

Du fait des troubles, c’est la santé globale de la personne qui est fragilisée par des douleurs non expliquées ou des paralysies ponctuelles de certaines parties du corps.

La manifestation des troublesn ces déficiences ne se manifestent pas simultanément et ne sont pas inéluctables.

Les déficiences ou symptômes sont différents selon le type de trouble ou de maladie.

Les symptômes sont souvent temporaires ou passagers.

À SAVOIR

La manifestation de ces troubles à différents moments de la maladie génère tout d’abord une grande fatigabilité et parfois une certaine lenteur dans l’exécution ou la compréhension des tâches. Il est donc nécessaire d’être clair et précis en énonçant les consignes afin de donner au salarié le temps et les moyens d’organiser son travail.

Certains comportements peuvent être inappropriés dans le monde du travail : une trop grande familiarité, une tenue vestimentaire inadaptée, des gestes déplacés. Ces comportements, parfois déconcertants, sont les signes de troubles qui envahissent le salarié.

L’expérience de la maladie entraîne souvent une perte de confiance en soi et une dévalorisation, notamment professionnelle. Il en résulte une anxiété et des peurs incontrôlables. Il faut donc accompagner le salarié en valorisant ses compétences et sa participation, tout en l’autorisant à exprimer ses craintes.

La MDPH

Un premier lieu incontournable depuis la loi handicap de 2005 est bien entendu la Maison départementale des personnes handicapées (MDPH).

La MDPH exerce une mission d’accueil, d’information, d’accompagnement et de conseil des personnes handicapées et de leur famille ainsi que de sensibilisation de tous les citoyens au handicap.

Par ailleurs, au sein de chaque MDPH, la Commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées (CDAPH) prend les décisions relatives à l’ensemble de leurs droits, notamment en matière d’attribution des prestations (allocation adulte handicapé, prestation de compensation…) et d’orientation vers des services et établissements spécialisés.

La MDPH accompagne la personne handicapée dans son projet de vie, notamment sur le plan professionnel, et s’assure de la mise en place d’un plan de compensation du handicap.

Par ailleurs, un certain nombre de personnes ou structures d’appui vont pouvoir, à différents niveaux, assurer la personne dans son parcours professionnel.

(à suivre: l’accueil dans l’entreprise.)

Psychyatrissimo / Dr H PULL

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Une réponse à Handicap « invisible » et travail

  1. Jenny Hughes dit :

    OUI, vous avez très bien écrit nos problêmes « invisibles » merci! Mais pour accèder la MDPH il faut un médecin traîtant et pour ça il faut d’avoir l’assurance maladie en France. Sans revenu, européenne (immigrant) et avec un handicap = toutes les portes sont fermés. Catch 22: sans aide on peut pas accèder l’aide. Trop de stress, je suis tombées malade et 9 mois dans la poubelle. Pas un jeu: c’est ma VIE qui est perdu.

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