Je me sens moche

« Je me sens moche ! » Dès le premier regard jeté au miroir, cette remarque banale sanctionnera de façon implacable une mine défaite, un habillement peu flatteur, une allure décalée ou une vie sans relief.

Ce même miroir, rendu plus accommodant par un moral d’acier, valorisera un visage radieux, une tenue soignée et une vie en harmonie avec celle ou celui que nous voulons être.

Le regard de l’autre sera le deuxième reflet plus complexe, mais équivalent au miroir que nous scrutons avant de quitter le logis.

Tout naturellement, nous arrivons à considérer l’importance de ce regard puisqu’il permet à chacun de nous d’exister dans le groupe social. Il est lourd de signification car il transperce, il fusille, il flatte, il valorise ou il met hors course, selon l’analyse que nous en ferons.

L’analyse et l’interprétation du coup d’œil que l’on nous lance fournissent bien des éléments à méditer sur le jugement que nous nous portons et sur l’image que nous avons de nous.

Du reflet renvoyé par le miroir de ces matins blafards où notre mine de papier mâché manque nous faire défaillir, à ces innombrables reflets accompagnant nos pérégrinations quotidiennes, nous voici talonnés par un nouvelle priorité devenue essentielle: l’apparence.

L’enveloppe charnelle qui abrite nos pensées secrètes, notre monde fantasmatique, notre vie affective, est-elle à l’unisson de ce que nous serions désireux « d’avoir l’air d’être » ?

Le malaise sera d’autant plus perceptible et d’autant plus agressif que l’image que nous renverrons ne correspondra pas à un idéal médiatiquement valorisé, « politiquement correct ».

Comment comprendre une telle source d’inquiétude sans approfondir l’ensemble des questions qui assaillent en permanence la victime d’un tel stress?

- Que pense-t-on de moi ?

- Rit-on de moi ?

- Ma vie vaut-elle le coup ?

- Pourquoi suis-je seul(e) ?

- Puis-je plaire?

- Pourquoi ne suis-je pas plus beau, plus belle, plus grand(e), plus svelte, plus…     différent(e) de ce que je suis?

Derrière les réponses forcément négatives à toutes ces interrogations, se dissimulent : la peur de la solitude affective, la peur de la différence, l’impression d’une vie terne, bref, un malaise qui s’apparente à un mal-être anxio-dépressif.

Sanction ou satisfecit, telle est l’alternative du ressenti au regard que nous portons sur nous-mêmes ou  que l’on nous porte.

Notre apparence nous dévalorise car elle ne nous paraît pas correspondre à « l’image idéale ».

Ces troubles seront renforcés par une personnalité mal construite et une piètre estime de soi.

Régimes, chirurgie esthétique, sport à outrance sont autant de solutions pour un nombre croissant de personnes tentant de trouver une solution à l’imperfection, à l’outrage des ans, à la solitude, à l’échec social, à l’ennui, à la souffrance face à un sentiment de dévalorisation pénalisant dans un monde artificiellement calibré et normalisé pour le bonheur de tous.

Limiter l’impact du « je me sens moche » consistera à apprendre à se connaître, à se valoriser, à s’accepter et finalement à s’aimer pour être aimé.

Dans un deuxième temps, se sentir bien dans le regard de l’autre équivaudra dans bien des cas à se sentir bien dans sa vie.

Docteur Henri PULL

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