Le « léchage de cul », du nouveau?

 Avec un peu d’humour, nous analyserons ici un type de conduite bien connue au travail: la stratégie recto linguale ( S.R.L.) ou le « léchage de cul »

L’époque fait-elle l’homme ou l’homme fait-il l’époque dans laquelle il surnage en utilisant, bon gré, mal gré, les moyens du bord ?

Le séant, le derrière, le cul se trouve de plus en plus utilisé pour construire de nouveaux qualificatifs : casse-cul, peigne-cul, trou du cul et aujourd’hui lèche-cul pour désigner des conduites ou des façons d’être blâmables.

Le lèche-cul développe une stratégie d’avenir commandée par la nécessité.

Innée ou acquise, la stratégie recto linguale ou le « léchage de cul » n’a plus de secret pour lui. Cette stratégie déborde le monde de l’usine pour envahir tous les domaines, qu’il s’agisse des médias, des discours politiques ou de toute autre activité humaine.

Dans un groupe il y le flatteur et le flatté, Jean de La Fontaine nous apprend dans ses « Fables » que tout flatteur vit au dépend de celui qui l’écoute.

Dans un rapport hiérarchique cela devient plus complexe puisque le flatteur excessif – qualifié de lèche-cul par son entourage – ne cherche pas à s’emparer du bien de l’autre mais cherche surtout à sauvegarder le sien.

Sommes-nous tous devenus, sans le réaliser, des stratèges recto linguaux ?

Serait-ce devenu le facteur de survie de l’espèce homo dans une époque troublée ?

L’esclave subissait une condition, l’esclavage, imposée par le « pas de chance », les lois commerciales ou les lois de la guerre. Il n’était pas libre. Il jouait un rôle imposé ; des règles implacables étaient édictées : obéissance, servilité face au maître pour ne pas être puni.

L’affranchissement, c’est-à-dire le fait de devenir un homme libre d’aller et venir à sa guise, lui permettait de redevenir lui-même, abandonnant ou conservant les conduites passées à son gré. Il n’agissait plus alors sous le poids des chaînes qu’elles soient virtuelles ou bien réelles.

A la différence de l’esclave captif de son propriétaire, le lèche-cul reste libre de se maintenir dans la position d’être servile.

Il guette avec impatience le regard du maître qui en règle générale est un supérieur dans l’échelle sociale. Il s’agit soit d’un directeur d’entreprise, soit d’un responsable politique, soit d’une entité plus diffuse dont il dépend (sa clientèle, son électorat, ses fans …) ou  de tout autre personnage doté d’une influence sur son devenir.

Tout individu disposant d’un certain pouvoir ne peut être que satisfait d’avoir une cour qui courbe l’échine et qui frémit dès qu’il ouvre la bouche.

Sans adorateur, point de vedette et sans disciple point de maître.

L’apanage du pouvoir, de l’ego récompensé, n’est-ce pas la capacité de susciter des applaudissements  inconditionnels à ses moindres faits et gestes : le pouvoir encourage la flatterie et sans flatterie à quoi bon régner ?

« Considérez tous ces « grands » qui nous dirigent et voyez ce qu’ils sont. Aussi haut qu’ils sont assis, ils ne sont assis que sur leur cul », dit-on très souvent pour consoler les « petits » que nous sommes face aux « puissants » qui sont censés  nous dominer.

Mais voilà, le lèche-cul est lui aussi assis sur son cul mais, à la différence de celui qui a le pouvoir de façon assurée, il cherche à maintenir son cul sur un siège le plus confortable possible, coûte que coûte, en adressant des signaux continus à celui dont il dépend.

Quels sont-ils ces signaux ?

Il s’agit de signaux de soumission, d’appartenance, de dépendance et de réassurance.

Par exemple, examinons le lèche-cul dans l’entreprise:

Il survit à toutes les vagues de licenciement alors qu’en fait ses compétences sont médiocres. C’est un stratège.

Il sait se montrer et mettre en avant les qualités souhaitées par ses supérieurs : il arrive avant les autres quand le responsable est là pour le constater, il charrie des dossiers d’un bureau à l’autre pour se forger une image de bourreau de travail, il sait transformer ses loisirs en travail en décrivant ses activités privées ou récréatives comme des recherches professionnelles … Ne dit-on pas que l’employé moyen passerait en temps cumulé dix jours par an à surfer sur le net pour son propre compte au lieu de travailler ?

Il connaît les points sensibles des « décideurs » du service et trouve le ton pour sembler admiratif, empathique ou compatissant.

A ses dires, il ne se repose jamais. Il choisit avec soin ses dates de vacances pour s’absenter en même temps que ses supérieurs, il évite ainsi de laisser le champ libre à un rival. « Qui va à la chasse perd sa place » est gravé dans ses actes quotidiens.

Paradoxalement, il peut finir par agacer ; il arrivera à trop en faire. Il sera d’autant plus facilement démasqué qu’il travaillera sous les ordres d’un ex lèche-cul. L’on n’apprend pas à un singe à faire des grimaces.

Achevée l’époque où l’obséquieux, le « ventre jaune » du service était simplement raillé et montré du doigt. Les temps sont précaires, l’emploi bien rémunéré rare et les restructurations imprévisibles et brutales. Alors, dans toutes les entreprises, il se trouve des salariés qui ont déduit qu’en devenant lèche-cul, ils réussiront à sauver l’essentiel, leur place. Cette génération spontanée de « prêts à tout » pour ne pas voir leur nom sur la prochaine liste noire majore la proportion de ces « courtisans par défaut ».

Pour garder de l’avance sur les collègues, il ne s’agit plus d’apporter un café au chef, de lui tenir la portière ou de s’inquiéter de l’état de santé de son chat, il faut se surpasser.
Avis aux idéalistes ; la compétence et l’honnêteté ne suffisent plus pour conserver ses fonctions. Sans une certaine dose de souplesse et d’hypocrisie, sans aller jusqu’à la stratégie recto linguale, les chances de survie sont minces au sein de l’entreprise au personnel en surnombre dans une époque où tuer les coûts devient prioritaire…

Docteur Henri PULL

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