Le point sur les schizophrénies

La schizophrénie est une affection psychotique chronique, qui peut prendre des formes très variées (on parle des schizophrénies). Elle touche 1 % de la population mondiale, soit en France environ 600 000 personnes. Les troubles débutent entre 15 et 30 ans et évoluent sur la vie entière.

De nombreuses hypothèses existent sur ses causes, mais son origine reste inconnue. Les chercheurs s’accordent actuellement pour dire que l’addition de facteurs génétiques et de stress psychologiques et environnementaux créerait une vulnérabilité permettant le développement des troubles.

Elle peut avoir un impact important sur l’adaptation sociale et entrainer une grande souffrance chez la personne et ses proches.

La classification des troubles psychiques

Il existe plusieurs façons de décrire les troubles psychiques, correspondant à différents courants de l’histoire de la psychiatrie. Actuellement, deux classifications internationales des diagnostics psychiatriques sont utilisées par les psychiatres :

  • La Classification internationale des maladies de l’Organisation Mondiale de la santé, 10e version (CIM-10) ;
  • Diagnostic Statistical Manual, quatrième version (DSMIV), de l’Association américaine de psychiatrie.

Ces classifications proposent une description clinique de syndromes (ensemble de symptômes). Elles ne tiennent pas compte de l’histoire de la personne et ne remplacent pas le diagnostic du clinicien.

Les schizophrénie(s)

Les symptômes

La désorganisation ou la dissociation

C’est la perte de l’unité psychique, qui provoque un relâchement des associations entre les idées, les émotions et les attitudes. La pensée devient floue, discontinue (diffluence). Le discours est parfois illogique et difficile à suivre. Le langage perd sa fonction de communication.

L’expression émotionnelle est sans rapport avec la situation. Le contact peut être froid. On peut constater la présence simultanée de sentiments contraires (ambivalence affective). Cette désorganisation se traduit par une bizarrerie, des sourires immotivés, des conduites qui paraissent étranges voire absurdes. Le comportement ne semble plus toujours dirigé vers un but compréhensible.

Le délire paranoïde et les symptômes dits positifs ou productifs

Le délire est une perception erronée de la réalité : la personne voit, entend, sent ou ressent des choses qui n’existent pas pour ceux qui l’entourent. Il n’est pas possible de la convaincre de son erreur.

Le délire paranoïde est flou, mal structuré, non systématisé (les idées délirantes n’ont pas de lien entre elles), pauvre et stéréotypé. Il évolue vers la chronicité, avec des périodes de rémission.
Il repose sur des hallucinations acoustico-verbales (entendre des voix) et intrapsychiques avec un automatisme mental (impression que la pensée est devinée, commentée ou volée, que des actes ou des pensées sont imposées).

Souvent les hallucinations sont repérées indirectement : attitudes d’écoute, suspension de la parole, expression de peur ou de surprise, soliloquie (la personne converse avec elle-même à haute voix).

D’autres mécanismes délirants (intuition, illusion, interprétation, imagination) peuvent être présents.

Les thèmes délirants sont assez récurrents pour une personne. Ils peuvent être persécutifs, mystiques, mégalomaniaques, d’influence (conviction d’être sous l’emprise d’une force extérieure), hypocondriaques, de référence (la personne attribue à l’environnement une signification particulière ayant trait à elle-même : les émissions de télévision, de radio ou Internet s’adressent à elle par exemple) ou de transformation corporelle. La personne est souvent réticente à exprimer ses convictions délirantes.

Cette activité délirante s’accompagne d’une forte angoisse ou bien est vécue dans l’indifférence.

Les symptômes déficitaires ou négatifs

Ce sont le désinvestissement de la réalité, le repli progressif de la personne, la diminution des capacités de penser, de parler et d’agir dont elle disposait avant d’être malade. S’y ajoute une diminution des réactions émotionnelles et des troubles cognitifs (attention, concentration, mémoire et capacités d’abstraction).

L’entrée dans la maladie

Tout changement de comportement, de fonctionnement, de caractère chez un adolescent ou un adulte jeune, surtout s’il est associé à de la bizarrerie ou une rupture de contact, impose un avis spécialisé. Le rôle du médecin de famille, des infirmiers, psychologues et médecins scolaires et des personnels enseignants et éducatifs est très important pour orienter les personnes et leur entourage.

Le Refer-O-Scope, un nouvel outil pour aider à repérer : un outil en ligne est proposé par la Société québécoise de la schizophrénie. Cet outil vous permet d’observer et d’agir avant la psychose en repérant les signes précurseurs de la maladie, afin de contribuer à réduire ses effets néfastes. Le refer-O-scope tient compte des antécédents familiaux, de la prise de drogues, des facteurs de risque et des altérations du fonctionnement. Vous y trouverez des bulles d’information, un glossaire des maladies mentales, et des références de soins et de soutien.

Le questionnaire s’accompagne d’une recommandation pour faciliter vos échanges futurs avec un intervenant ou un professionnel de la santé. La prévention et le suivi précoce diminuent les risques de développer une psychose. Une réalisation de la Société québécoise de la schizophrénie

Site refer-O-scope

Une bouffée délirante aiguë (expérience psychotique transitoire de début brutal), un trouble de l’humeur (épisode dépressif, maniaque ou mixte) ou un passage à l’acte (tentative de suicide, fugue, délit…) peuvent être les signes d’entrée dans la maladie. La fin de l’épisode aigu n’est pas suivie d’un retour à l’état antérieur.

La présence de symptômes dissociatifs, d’éléments délirants ou déficitaires peuvent être le signe d’une entrée dans la schizophrénie.
Souvent, les troubles apparaissent de façon plus progressive et insidieuse. Les symptômes de schizophrénie peuvent être masqués par un trouble des comportements alimentaires (anorexie, boulimie), une toxicomanie, des symptomes dépressifs atypiques ou des TOCs. D’autres signes (fléchissement scolaire ou difficultés professionnelles chez un adulte jeune) peuvent être confondus avec une crise d’adolescence.

Le diagnostic

Il repose sur l’examen clinique (entretiens avec la personne et son entourage). Les examens complémentaires (imagerie cérébrale, électroencéphalogramme, biologie) ne sont utiles que pour éliminer certaines affections physiques.

La schizophrénie est caractérisée par une dissociation psychique associée à des symptômes dits positifs et négatifs. Les symptômes doivent être présents de façon permanente depuis au moins six mois pour faire le diagnostic de schizophrénie.

Il est nécessaire d’informer la personne sur sa maladie, en tenant compte de son état et de sa capacité à comprendre les termes employés, pour favoriser la réussite du projet de soins. La mise en place et le suivi de soins sur une longue période sont difficiles si la personne n’a pas conscience d’être malade.

En accord avec la personne, la famille ou l’entourage proche seront informés. Les échanges entre soignants et proches sont importants car ces derniers sont en général un soutien essentiel pour les patients. Il faut évaluer le besoin d’aide des proches et y répondre le cas échéant.

Évolution

Les symptômes et l’évolution de cette maladie au long cours varient d’une personne à l’autre. Sous traitement, on constate une diminution des symptômes positifs. Mais l’interruption du traitement antipsychotique entraine la recrudescence des symptômes en général dans les semaines ou mois suivant l’arrêt.

La qualité et la précocité de la prise en charge thérapeutique sont des éléments majeurs et déterminants de l’évolution ultérieure de la maladie.

Pour en savoir plus

La schizophrénie de l’adulte. Des causes au traitement , Saoud M, d’Amato T. Paris, Masson, 2009.
La schizophrénie. La reconnaître et la soigner , Franck N. Paris, Odile Jacob, 2006.
La schizophrénie , Granger B, Naudin J. Paris, Le Cavalier Bleu, 2006.
Comment vivre avec un malade psychique , Ouvrage collectif de l’Unafam, Éditions Josette Lyon, 2006.
Les troubles schizophréniques , Gourion D, Gut-Fayand A. Paris, Ellipses, 2004.
Les nouveaux visages de la folie , Spadone C, Olié JP. Paris, Odile Jacob, 1999.

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