Le sport et l’enfant

Le sport, nouveau mode de vie ou nouvelle contrainte parentale ?

Ne pouvant le laisser seul à la maison et compte tenu de l’exiguïté de notre appartement, il est mieux avec d’autres enfants au centre aéré.

Ce genre de réflexion « de bureau » banale et tout à fait justifiée illustre la nouvelle répartition des tâches extra-familiales .

Je t’amène au stade, à ton stage de danse, au judo parce que tu le souhaites ou parce que je ne peux pas faire autrement..  Efforce- toi de t’y plaire et pourquoi pas, d’y exceller pour me valoriser.

Ce dernier point prend aujourd’hui peu à peu de l’ampleur ; se réaliser à travers les succès sportifs ou culturels de l’enfant. Les conversations entre collègues, « le bien-être » supposé d’un enfant « occupé », induiront peu à peu un sentiment de concurrence entre parents par activités enfantines interposées.

L’excès et la saturation  parentale seront proches lorsque de tels propos seront tenus: Durant mes moments de liberté je fais le taxi entre tennis, foot, piscine, piano …… je n’ai plus un instant à moi, je me sens débordé(e). Il faudra impérativement réduire la voilure en reconsidérant la dimension pléthorique de ces occupations devenues contraintes.

Le sport est-il une solution pour mon enfant hyper-actif ?

Dans le discours de certains, l’activité sportive est à visée curative pour tenter d’apporter une solution à un problème d’instabilité psychomotrice ou d’hyper-activité incontrôlable. Il faut simplement retenir qu’un enfant hyper-actif ou présentant une instabilité psychomotrice, à la maison ou à l’école, le sera tout autant sur un stade ; l’entraîneur d’ailleurs, ne tardera pas à le signaler à l’accompagnant. De tels comportements chez l’enfant réclameront une réflexion et, au-delà, un avis spécialisé si le trouble devenait préoccupant et compromettait son évolution.

Faut-il lui faire pratiquer un sport ?

Un esprit sain dans un corps sain, pourquoi pas ?

Les conditions essentielles seront le désir de l’enfant, les possibilités des parents, la compatibilité entre la discipline choisie et les aptitudes physiques du petit sportif. Le sport doit avoir comme objectif majeur l’épanouissement personnel,  le plaisir du jeu, l’exploitation d’un trop-plein d’énergie, l’apprentissage à la vie sociale.

Sport collectif ou sport individuel ? Choisissons la bonne option.

Chaque individu dispose de prédispositions physiques pour telle ou telle activité. Son type de personnalité s’épanouira dans le groupe ou dans l’individuel ; laissons-le choisir en favorisant les stages d’essai, au terme desquels il aura une meilleure idée de la nature de la discipline sportive et de ses aptitudes.  Les temps libres extra-scolaires devront être correctement estimés afin d’éviter un emploi du temps irréaliste, autant pour les parents accompagnateurs débordés que pour l’enfant saturé.

L’erreur de bien des parents sera de chercher à se réaliser à travers les activités sportives de leur rejeton. Tel père ex-footballeur amateur souhaitera voir son fils sacré dieu du stade ; la déception, le plus souvent au rendez-vous de semblables projets, « douchera » la simple joie de la pratique sportive chez l’enfant, le culpabilisera, le dévalorisera aux yeux du père et le dégoûtera sans doute à jamais du sport perçu comme une source de pressions impossibles à gérer.

Le sport, pour d’autres, sera le joker vers l’argent,  le pied de nez aux bulletins lamentables ; enfants et parents seront alors d’accord pour « gagner la timbale ». Le futur grand sportif se donnera au détriment de tout le reste aux entraînements, à l’élevage et au dressage sportif. Là aussi, le risque sera grand d’achever l’aventure sans gloire.

 Faut-il écouter toutes ses demandes ? Il veut sans cesse changer d’activité.

L’enfant, nous l’admettons tous, est un individu en construction ; en tant que tel il dispose d’une maturité correspondante, riche en réactions et désirs, plus basés sur l’impulsion du moment que sur la réflexion mûrie d’un adulte. Comme un gourmand devant un étalage de bonbons, il veut goûter à tout, séduit ici par la couleur, attiré là-bas par la forme, influencé par le choix de ses voisins. Faut-il pour cela céder à toutes ses exigences au péril de sa santé et de votre budget friandises ? Vous pourrez soit opter pour le Non, soit pour le OUI mais en lui permettant « d’essayer » en plusieurs visites chaque type de bonbon. Dans tous les cas, il sera bon de lui exposer le bien-fondé de votre décision, afin qu’il puisse, après les larmes de déception, en comprendre le sens.

Au niveau des activités récréatives, sportives, distrayantes ou formatrices, nous voici devant le même genre de conflit. Les parents connaissent les bonbons pour les avoir « pratiqués », peut-être en moindre quantité qu’aujourd’hui, alors qu’il n’en est pas de même pour les activités sportives, culturelles, associatives, moins répandues dans leur propre jeunesse. Cet éventail, riche en disciplines épanouissantes pour le pratiquant, écartèle bien des parents tiraillés entre le désir de donner à leur enfant le meilleur de ce que propose la société, le désir de lui faire plaisir, de lui ouvrir des portes pour plus tard, de lui apporter ce qu’eux-mêmes n’ont pu avoir, la nécessité de gérer un budget-loisirs, l’obligation de tenir compte de l’emploi du temps scolaire et de leur propres contraintes horaires. A cet écartèlement se surajoutent les rivalités entre parents qui se règlent par enfant interposé, l’angoisse d’être de mauvais parents, l’ambition parentale quant au devenir de ce cher bambin et au poids de son bien-être futur.

La logique la plus élémentaire nous demande de partir d’abord de nous-mêmes, de cerner et de comprendre le bénéfice secondaire que nous pensons retirer du cheminement de l’enfant. Dans un deuxième temps, il sera nécessaire d’arriver à l’enfant lui-même :

Quel est son bénéfice : vous faire plaisir, se faire plaisir ?

Quelles sont ses aptitudes, sont-elles compatibles avec ses demandes ?

Chacun des deux parents et bien sûr l’enfant doivent apporter leurs arguments afin que la décision soit construite, argumentée, capable de satisfaire chacun dans la mesure où chacun est impliqué.

Être l’éternel Père-Noël gratifie beaucoup de parents valorisés de manière éphémère par leur bambin émerveillé qui saura dire je veux sans en mesurer la portée. Apprendre à dire je voudrais introduira sur le plan psychologique une dimension de « peut-être » permettant d’appréhender la notion du « Non ».

La construction mentale s’en trouvera aidée en donnant un sens à  souhaiter quelque chose, à différer un projet, à renoncer à un désir impossible. 

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Henri Pull

Henri Pull

Psychiatre et pédopsychiatre. Psychothérapeute. Expert médico-légal. Conférencier Formateur auprès d’entreprises. Intervenant Radio France. Auteur de deux livres : « Parents-Enfants » 200 réponses aux questions les plus fréquentes. (Édition Grancher) « Stress comment reconnaître et soigner vos 150 stress quotidiens ». (Édition Grancher)
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