Le stress des infos

Les infos et le petit écran, une source de stress considérable…..

Le petit écran a remplacé la radio de la génération passée pour apporter l’information dans les chaumières aux heures des repas ou de façon continue, par le biais de chaînes spécialisées, pour ceux qui n’auraient pu suivre les principaux journaux parlés.

Les infos, techniquement très travaillées, sont minutées, ciblées, pensées, visant le scoop et l’image choc qui « captiveront – captureront » le « client – téléspectateur ». Cette actualité se voudra vraie, illustrée – parfois crûment – afin de donner le sentiment à chacun d’être le témoin privilégié de l’événement.

Le contenu trop banal ou trop guimauve lassera rapidement Madame et Monsieur Infos qui veulent voir du sensationnel, de l’inhabituel et du spectacle susceptibles d’éveiller en eux des bouillonnements émotionnels mêlant curiosité, horreur, révolte, compassion, admiration, jalousie et autres sentiments moins avouables… Bref ils rechercheront un contenu qui sollicitera intensément leur monde émotionnel.

Trouver quotidiennement du drame sur une planète peuplée de six milliards et demi d’habitants me paraît aussi compliqué que trouver du sel dans l’eau de mer. Le réservoir de drames offrant une garantie d’abondance, l’astuce de l’informateur consistera à importer l’image ou le récit de l’événement avant qu’un autre, plus sensationnel encore, ne vienne, le lendemain, en ternir l’intérêt.

Sitôt collecté, le voici évalué par le rédacteur en chef et le responsable des programmes; monté et servi  chaud entre deux spots publicitaires sur la toile cirée des cuisines ou les plateaux-repas du salon.

Il devient un bien de consommation à part entière à l’impact affectif non négligeable. Il éveillera des angoisses, des peurs, des réactions de stress qui distilleront, tout au long de la journée, jour après jour, mal-être et vision pessimiste du monde. Ces malaises seront d’autant plus présents qu’en tant que téléspectateur l’on ne pourra être qu’un témoin démuni de toute possibilité d’intervention directe sur l’événement présenté.

Un enlèvement d’enfant dans notre pays ou dans quelque contrée que ce soit nous plongera de façon indiscrète dans un drame familial épouvantable, éveillera en nous compassion, révolte, agressivité et espoir d’une issue favorable. Nous ne pourrons rester de glace. L’annonce d’un tel crime sur les médias pourra peut-être aider à l’enquête et ce seul fait la justifie incontestablement.

Si le terrible fait divers se solde par la découverte d’un assassinat, nous voici partageant l’horreur d’une famille. Le stress nous envahit, nous pensons à la malheureuse victime et à travers elle à notre propre famille.

Nous sommes alertés face à un tel acte mais en fait, nous sommes confrontés à notre propre impuissance et, il faut le souligner, contraints d’accepter passivement, comme chacun des téléspectateurs, qu’une telle ignominie se soit déroulée sous nos yeux.

Ne pouvant agir, n’étant pas impliqués en tant que victimes ou acteurs directs de l’événement, en quoi le fait de nous placer en état d’alerte serait-il positif  pour quiconque?

Notre compassion va vers la victime, vers ses proches ; nous aimerions faire quelque chose! Mais quoi ?

Une nouvelle chassant l’autre, le lendemain une situation tout aussi humainement inconcevable nous sera présentée à la Une alors que le deuil de la précédente tragédie n’aura pu être effectué. Nous allons, sans le rechercher, vers une banalisation de l’horreur, vers un qui-vive permanent, vers un mal-être à l’image d’une société qui génère des individus capables d’actes criminels qu’aucun mot ne pourrait justifier.

Le problème s’avère complexe car chacun est responsable et victime à la fois du contenu des reportages ; le journaliste fait de son mieux pour couvrir des évènements accrocheurs pour des clients téléspectateurs, demandeurs inconditionnels de nouvelles fraîches par ennui, par voyeurisme ou par plaisir d’être tout simplement « au courant ». Il travaille  pour lui-même et pour ses responsables des programmes, chacun jouant sa place au gré des fluctuations des taux d’écoute,  taux permettant de valoriser à la hausse ou à la baisse les facturations des spots publicitaires aux annonceurs.

Le journaliste assure quotidiennement un rôle de modérateur face aux exactions humaines, il témoigne avec courage et foi, souvent au péril de sa vie, aux quatre coins du monde. Il doit en sus de ces rôles, faire de l’image conforme aux désirs conscients ou inconscients de son public et aux intérêts matériels de ses commanditaires.

L’image, comme le poisson frais, se périme vite mais à la différence de ce même poisson, elle ne dispose d’aucun moyen de conservation aussi la vitesse quasi-instantanée autorisée désormais par les nouvelles technologies, sera seule garante de sa valeur informative et marchande.

Le rythme imposé par l’information ne laisse pas de temps disponible pour sa « digestion ». Les humains que nous sommes ne peuvent émotionnellement passer légèrement d’un crime à l’autre, d’un accident à l’autre, d’une guerre à l’autre sans en porter les stigmates, comme un boxeur à qui nul répit ne serait accordé.

Combien d’entre nous ne souhaiteraient-ils pas voir surgir un arbitre arrêtant cette avalanche de coups au cœur visuels et auditifs inlassablement assénés ?

« Avec tout ce que l’on voit … » devient une expression usuelle et concerne désormais plus souvent ce qui est vu à la télévision qu’observé devant la porte.

Moi, – me dira cette bonne grand-mère campagnarde, âgée de quatre-vingt-cinq ans, devenue téléphage du fait de l’impotence fonctionnelle liée à son âge, – je vais faire installer une serrure de sûreté sur ma porte d’entrée, avec tout ce que l’on voit… !

Du fait du message véhiculé quotidiennement par son nouveau média de prédilection, cette décision lui paraissait alors urgente et indiscutable alors qu’elle avait vécu jusqu’à présent entourée de ses animaux dans un hameau « familial » sans souci sécuritaire. Elle avait ignoré tout au long de sa vie « hors-infos » l’horreur et la dangerosité du monde et, ma foi, ne s’en était pas plus mal portée.

Le stress positif qui améliore le quotidien, qui éveille l’attention ou les capacités de réflexion, qui dynamise l’activité trouve peut-être ici une place, mais une place réduite à la portion congrue.

Le stress négatif met l’observateur en situation d’alerte après la vision d’accidents, d’images de catastrophes climatiques, de conflits armés ou de crimes. Ces visions déclenchent l’ensemble des phénomènes internes essentiels pour assurer sa sécurité et  épuisent en vain ses « warning » biologiques et psychologiques.

L’événement présenté à la Une étant physiquement hors de portée et indépendant de sa volonté, le téléspectateur sera placé dans une situation de stress négatif injustifié.

Dr Henri PULL / Psychiatrissimo
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Henri Pull

Henri Pull

Psychiatre et pédopsychiatre. Psychothérapeute. Expert médico-légal. Conférencier Formateur auprès d’entreprises. Intervenant Radio France. Auteur de deux livres : « Parents-Enfants » 200 réponses aux questions les plus fréquentes. (Édition Grancher) « Stress comment reconnaître et soigner vos 150 stress quotidiens ». (Édition Grancher)
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