Le travail: le stress du trajet

Le trajet individuel ou collectif: Se rendre sur son lieu de travail, à pied ou par tout autre moyen de locomotion, quoi de plus banal ?

Et pourtant, le moyen de transport et son environnement ne sont-il pas les sources des premiers stress de la journée ?

Nous allons explorer les différents types de « trajets » les plus usités pour en dégager les répercussions sur le fonctionnement psychique du plus grand nombre.

Je pars toujours en retard, ça me stresse !

L’heure de départ, premier jalon nous éloignant de notre intimité privée pour nous jeter dans la vie sociale et professionnelle, mérite que nous nous y arrêtions.

Entre l’heure du réveil, les ablutions matinales, l’habillement, le petit déjeuner et les ultimes préparatifs avant l’heure « D » comme Départ, s’égrainent tout un chapelet de secondes qui rapidement se réuniront en minutes, le processus allant d’autant plus vite que nous serons en retard.

-          Je me lève de plus en plus tard, dernière limite dirons-nous, alors que je me couche de plus en plus tard, bien après le passage du marchand de sable…

Ce type de remarque se retrouve dans bien des réflexions personnelles.

L’on diffère l’heure d’endormissement forcément pour en retirer un bénéfice. Pour beaucoup ce bénéfice sera, sur l’instant, largement supérieur au préjudice qui s’appellera fatigue excessive, panne de lever ou retard au travail.

Ce bénéfice réunira :

- la réalisation d’activités ménagères, pas vraiment drôles, comme le rangement, la lessive, le repassage, le ménage… qui n’aura pu être « casée » à un autre moment.

- des sorties (plus fréquentes chez les célibataires sans enfants que chez les couples avec ou sans enfants).

- des soirées télévision dont la programmation s’étirera au-delà de ce que la fatigue ressentie autoriserait si fascination et suspense n’étaient là.

- de longues conversations par clavier et  Internet interposés (les forums, chat et autres espaces de dialogues …).

- des jeux, qu’ils soient électroniques, en ligne ou individuels.

- et pour être complet, toute activité qui entretiendra un degré de vigilance incompatible avec l’endormissement.

De manière inconsciente, l’heure du coucher sera différée pour fuir les angoisses de la nuit, les cauchemars qui l’habitent, le sentiment de vide ressenti ou simplement l’idée de cet état de léthargie si semblable à la mort.

Les conduites d’évitement chercheront à diminuer le seuil d’anxiété puis d’angoisse qu’éveilleront les idées de dormir, de perdre pied d’avec la réalité et de s’abandonner à des dangers que l’on ne pourra voir venir du fait de l’endormissement. L’insomnie défensive s’installera et demandera un questionnement pour être analysée et solutionnée.

La durée réduite du temps de repos pénalisera la qualité du réveil, réduira le temps consacré à reprendre pied dans la réalité, précipitera les préparatifs matinaux et, de manière plus large, la disponibilité de chacun.

Le plaisir pris à veiller, à jouer les noctambules est précieux mais devrait être réservé à ceux qui n’en pâtiront pas dès le lendemain en débutant leur journée dans l’urgence, créant ainsi une source de stress injustifié, leur survie n’étant en aucune façon mise en jeu. Physiquement et psychologiquement ce stress est ressenti dans tout son être. Les gestes sont précipités, la parole est vive et la répartie agressive, le cœur s’accélère, le souffle se fait court, la maladresse s’installe et l’oubli de dernière minute devient une habitude.

Qu’est donc devenu le marchand de sable ? Pesons le pour et le contre pour un stress de moins dés le lever et une bonne façon de commencer en paix notre journée.

La voiture cocon : mon premier refuge après la  maison: La majorité des travailleurs utilise son propre véhicule soit pour se rendre directement au travail, soit pour se rendre au point de départ d’un transport en commun.

Cet instant de transit, vécu par la majorité d’entre nous comme un automatisme impersonnel pourrait devenir un deuxième lieu d’éveil à la journée qui se prépare. Sélectionner une musique, une émission de radio non traumatisante, chanter, ou privilégier un silence reposant, bref, créer une ambiance amie serait un premier pas matinal psychologiquement positif.

Transformer en détente un épisode quotidien souvent bâclé, voilà un début de lutte contre le stress !

La conduite automobile, exutoire et source de stress.

Quoi de plus commode que de se rendre d’un lieu à un autre, surtout lorsqu’il s’agira d’aller au travail, sans avoir besoin de quiconque et sans avoir besoin d’être respectueux d’horaires de transports en commun !

Quoi de plus surprenant que d’observer la métamorphose, dès la place du conducteur occupée et le piéton que l’on était quelques minutes avant, oublié !

Pour certains, la conduite automobile ne sera que le prolongement de la course poursuite du dernier feuilleton ou du dernier jeu vidéo, pour d’autres la seule façon d’apparaître aux yeux de tous comme un héros.

De lieu de détente, la voiture deviendra une véritable extension de soi, protectrice du fait de sa carrosserie, puissante du fait de son moteur et sans aucun doute identificatoire :

« - J’existe en tant qu’homo mécanicus et en tant que tel, j’occupe un rang enviable dans la hiérarchie sociale. »

Dans l’acte de conduire, le chauffeur exprimera une agressivité inconsciente jusqu’alors contenue et une impulsivité mal maîtrisée. D’initialement déstresseur, l’acte de conduire deviendra stresseur du fait des risques pris, de l’anxiété induite et de l’agressivité communiquée à d’autres conducteurs par une conduite discourtoise et dangereuse.

Les conditions, ressemblant fort aux prémices d’un affrontement, sont autant de signaux d’alertes interprétés inconsciemment comme des sources de périls potentiels. Ces sentiments de risques et de dangers appelleront, pour la sauvegarde de celui qui les ressent, des mesures défensives liées au stress, telles que l’attaque ou la fuite.

Les bouchons ou les ralentissements : la poisse !

« Je suis en retard, et voilà les bouchons ! »

Qui n’a ruminé ce type de réflexion, alors que, comme un fait exprès, l’on est très juste ou trop juste chronologiquement parlant, pour arriver à l’heure au travail ou au rendez-vous qu’il ne fallait pas rater ?   

Les flux de véhicules ont une vie propre, ponctués par des heures de pointe et des heures creuses, ralentis par des travaux routiers interminables et si curieusement répétitifs, émaillés d’accidents, inattendus par définition, et sensibles aux conditions climatiques. Cette vie propre est soumise à des impondérables omis par le conducteur retardataire, coincé entre un horaire trop juste et une vision optimisée de la fluidité de la circulation.

Les automobilistes ne disposant pas d’une aérovoiture  futuriste capable de se jouer de l’obstacle, réagissent en fonction de leur structure de personnalité et en fonction de leurs défenses.

Différents tableaux se mettent en place dans les habitacles pétaradants:

- L’irascible, tempêtant, martyrisant son poste de radio pour bénéficier de l’information routière la plus fraîche, tente par des manœuvres imprudentes de distancer les cloportes passifs qui entravent le passage.

- Le pragmatique qui réalise qu’il n’a plus qu’à patienter. Il sera sans doute en retard mais quoi de mieux que d’écouter un peu de musique ?

- L’anxieux, jurant contre ce mauvais tour, téléphone. Joignant Paul pour prévenir Pierre, proposant un nouveau planning aussi juste que le précédent, il ne résout nullement son stress mais s’ingénie à mettre en place les bases du prochain.

Dans tous les cas le stress sera à l’ordre du jour mais les conséquences seront bien différentes selon les tableaux cités. Lequel choisirez-vous lors de votre prochain ralentissement routier ?

La ville, l’autoroute ou le périphérique : voie lente, voie rapide. Quelle option choisir pour éviter le stress?

Le choix du bon itinéraire pour se rendre au travail ne tient que très rarement compte des facteurs touristiques. Les dimensions pratiques et économiques du parcours priment. Dans un deuxième temps seulement les facteurs coût financier et plaisir seront considérés

La meilleure des voies sera celle où vous vous sentirez le plus à l’aise. Il sera bien sûr indispensable d’en évaluer les coûts stress et les coûts temps pour vous aider à arrêter définitivement votre choix. 

Le parking : – Vais-je avoir une place ? – Comment me garer – Où me garer ?

Toute personne œuvrant en milieu urbain à l’espace de plus en plus compté se trouvera, si elle se rend sur son lieu de travail en voiture, confrontée au souci du stationnement. Pour certaines, cette nouvelle contrainte occasionnera une inquiétude réelle qui ne se résoudra qu’après que la fameuse place aura été trouvée.

Les horodateurs, et autres mobiliers urbains érigés en bordure de trottoir, réclameront leur obole pour les plus malchanceux ne disposant pas de zones de stationnements gratuits.

Lutter contre le stress alimenté par la crainte d’être en retard équivaudrait à se passer résolument de la voiture pour un usage  professionnel. La réalité se montrant distincte de la théorie, une telle décision, possible pour certains, ne le sera pas pour une majorité. Partir plus en avance pour pouvoir tout à son aise traquer la place vacante, utiliser le covoiturage ou les transports en commun, représentent quelques-unes des solutions retenues qui, sans être révolutionnaires, ont le mérite d’être économes en stress.

Le risque d’accident : triste réalité ou peur excessive ?

Ce risque rappelé par les infos du matin, objectivé par l’obligation d’avoir contracté une assurance voiture, ne peut être négligé. Il nouera les tripes de ceux qui vous verront partir et assombrira votre sérénité de conductrice ou de conducteur pris dans le flot de la circulation.

Lutter contre cette peur passera simplement par le souci de mieux maîtriser la conduite du véhicule, de ne pas majorer ses appréhensions en transformant le trajet en course contre la montre et d’avoir un temps de repos suffisant pour un degré de vigilance optimal.

Cette peur pour soi et peur pour les siens, justifiée par les chiffres d’accidents donnés par le ministère des transports, mérite que l’on y réfléchisse.

Diminuer le nombre de drames routiers diminuera de fait le degré de stress justifié par le caractère prédateur de la conduite automobile.

Les autres conduisent comme des fous !

Cette exclamation résume la peur que certains vivent au volant de leur véhicule. Ils se sentent « débordés » de toutes parts, du fait sans doute des autres, mais peut-être aussi d’une maîtrise discutable de la conduite automobile et d’une absence de sérénité.

Les autres, désignation générique, exprime un sentiment de danger mal défini que l’on pressent, qui ne concerne pas forcément la route mais de manière plus large les aléas de l’existence.

Ce décalage, ressenti au plus profond de soi, résume le fossé que l’on perçoit au quotidien entre le mode de vie des autres et le sien et la remarquable capacité à voir chez l’autre le défaut que l’on ignorera superbement chez soi.

Les transports en commun, le bus, le train : j’ai toujours peur d’un retard !

Ces modes de transports autrefois majoritaires, faute de moyens financiers pour l’acquisition d’un véhicule individuel, sont voués à un retour en force, faute de place dans les villes.

Ainsi, faute de moyens ou faute de place, le travailleur retrouve l’usage de ses jambes ou les commodités et contraintes des transports en commun.

Qui dit contraintes dit stress en perspective ! Aussi allons-nous évoquer les sources de celui-ci pour tenter d’en diminuer l’impact.

La peur du retard, qu’il soit lié au moyen de transport lui-même ou à l’usager, du fait des répercussions occasionnées, occupera une place de choix dans les inquiétudes matinales. Cette peur cachant la crainte de mal faire, d’être mal perçu, de subir une sanction, d’être confronté à l’autorité, rappellera à beaucoup les craintes d’un retard scolaire et les réprimandes de la maîtresse d’école.

Du fait de l’absence de contrôle direct sur son moyen de transport, il sera demandé implicitement au voyageur d’accorder une totale confiance à son transporteur.

Celui-ci étant faillible – l’expérience de chacun est là pour le confirmer -, peut-on sans appréhension renoncer à une partie de son libre arbitre pour une part d’incertitude ?

De plus l’usager devra veiller à intégrer l’heure de départ de son transport dans le planning quotidien ; le bus n’attend pas le retardataire ayant eu une panne de réveil ou une nuit agitée. Cet impératif s’ajoutera à d’autres tout en allégeant les préoccupations liées au simple fait d’utiliser un transport individuel.

Prendre conscience de la réalité de ce stress inutile conduira à prendre des mesures, en vue de le limiter, sinon de le gommer du quotidien déjà surchargé en sources d’inquiétudes.

La bousculade : j’appréhende !

La promiscuité, le sentiment de n’être qu’une brindille bousculée au gré des humeurs de la foule, l’appréhension de la perte de son individualité, de la maîtrise de son territoire et de sa destinée,  sont autant de raisons qui alimentent le refus de la bousculade. Celle-ci, en sus d’entraver un cheminement rapide, éveille agressivité, sentiment de menace puis stress.

L’on se sent réellement menacé dans son intégrité si l’on ne parvient pas à contrôler et à canaliser ses peurs, tout en filtrant l’agression extérieure.

Éviter les heures de bousculade sera le premier comportement qui diminuera le stress. Répondre par l’agressivité au sentiment d’agression qu’éveille en soi la cohue, n’apportera aucun soulagement, bien que cette manifestation de stress fasse partie intégrante des réactions de défense pour assurer sa survie coûte que coûte.

Enfin, de façon plus générale, s’acclimater progressivement à une certaine dose de « foule » sera une mesure sage afin de ne pas renforcer ses comportements phobiques qui, chronicisés, deviendraient  invalidants.

Les risques d’agression m’angoissent.

Agressions dans les parkings souterrains, agressions dans les transports en commun, sous des regards indifférents, agressions en toute occasion, nous les avons vues ou vécues par acteurs interposés, à la télévision comme au cinéma.

Dans la pratique, nous en prenons connaissance dans les quotidiens qu’ils soient écrits ou parlés. L’angoisse, en rapport direct avec un sentiment d’insécurité, éveillera en soi l’angoisse du guetteur en attente d’un éventuel prédateur.

Les conditions requises pour que se manifestent les mécanismes directs ou indirects du stress étant réunies, quoi de plus naturel que de les subir et d’en souffrir!

La disparition de l’angoisse passera par la rationalisation des informations collectées par les média, par la relativisation des dangers encourus et par des conduites préventives proportionnelles aux risques.

À notre corps défendant, nous sommes captifs de l’information répercutant dans nos logis les tragédies quotidiennes, éloignées de nous géographiquement, mais si proches virtuellement par l’image. Tentons d’en faire l’économie en prenant de la  distance.

Solution de demain : le co-voiturage ?

Quoi de plus raisonnable que de partager un véhicule, surtout si les occupants de celui-ci se rendent au même endroit ?

Sur le papier, cette solution paraîtra imparable et recueillera l’assentiment général. Dans les faits cela ne marche que marginalement. Pourquoi ?

Les bénéfices secondaires à attendre d’un tel moyen de locomotion comme partager les coûts, avoir de la compagnie, lutter contre la pollution, désengorger la ville, se heurteront aux désagréments escomptés facteurs de stress.

Parmi ceux-ci, se mêleront les peurs liées à l’inconnu, la difficulté à pouvoir faire confiance à l’autre, la crainte de la promiscuité, le malaise généré par le partage de son territoire – ici la voiture -, la pensée d’un accident possible avec ses multiples complications.

Cette solution, utilisée marginalement, ne pourra donc, sauf en cas de force majeure, retenir les suffrages du plus grand nombre malgré ses incontestables avantages théoriques qui ne tiennent pas compte du stress étroitement intriqué au quotidien de l’être humain.

Dr Henri PULL

 

 

 

 

 

 

 

 

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Henri Pull

Henri Pull

Psychiatre et pédopsychiatre. Psychothérapeute. Expert médico-légal. Conférencier Formateur auprès d’entreprises. Intervenant Radio France. Auteur de deux livres : « Parents-Enfants » 200 réponses aux questions les plus fréquentes. (Édition Grancher) « Stress comment reconnaître et soigner vos 150 stress quotidiens ». (Édition Grancher)
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