Le travail peut-il tuer ?

« Les prisonniers du boulot ne font pas de vieux os » chantait Henri Salvador dans Le travail c’est la santé.

De fait, les statistiques confirment que certains professionnels « stressés » (médecins, infirmiers, policiers, agriculteurs…) ont un risque élevé de suicide, comparativement à la population générale.

Ce phénomène pourrait s’expliquer en partie par une plus grande disponibilité des méthodes létales dans ces métiers (par exemple, des médecins se suicident plutôt par une prise de médicaments en surdose, et des agriculteurs en retournant contre eux-mêmes l’arme à feu qui leur servait pour chasser), par une plus grande vulnérabilité liée à des conditions de travail pénibles, ou/et par un contexte socio-économique difficile (endettement, isolement, manque de repos et de loisirs…) impliquant un surcroît pernicieux d’activité où les intéressés « se tuent à travailler », presque littéralement.

Mais si ce constat est classique, aucune recherche d’envergure ne lui avait été consacrée, jusqu’à une récente méta-analyse, effectuée à l’Université de Melbourne (Australie) à partir de 34 études internationales sur ce sujet (publiées entre 1979 et 2012).

Les auteurs observent une stratification du risque de suicide en fonction des catégories socioprofessionnelles : les employés les moins qualifiés (par exemple les ouvriers ou les agents de nettoyage) ont ainsi un risque de suicide presque doublé, par rapport aux autres travailleurs de leur âge (Rate Ratio [RR] = 1,84 ; intervalle de confiance à 95 % [IC] : 1,46-2,33), suivis par les « opérateurs sur machines et les équipages de pont » (RR= 1,78 ; IC : 1,22-2,60).

Les auteurs rappellent aussi le débat sur les facteurs susceptibles de sous-tendre la flambée de suicides dans certaines professions : si « le bonheur n’est pas toujours dans le pré » (comme nous l’avons déjà vu), les données psychosociales (isolement, célibat, difficultés financières) ne seraient peut-être pas seules en cause.

On évoque ainsi la responsabilité possible de produits chimiques utilisés sans précaution suffisante (pesticides chez les agriculteurs, solvants chez les peintres) : vu leur neurotoxicité, on estime que ces substances chimiques pourraient entraîner à long terme certaines lésions neurologiques suscitant une vulnérabilité à la dépression, et donc un risque accru de suicide.

Mais l’intérêt de ces recherches réside bien sûr dans l’espoir de repérer des facteurs du monde professionnel pouvant, à l’inverse, réduire le risque de suicide en promouvant une « santé mentale positive et la recherche d’une aide. »

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