L’enfant malade

Tout parent a connu ou connaîtra les affres des maladies enfantines ; qu’elles soient graves ou bénignes, elles génèreront des comportements similaires.

L’enfant malade soigné et gardé à la maison représente la situation la plus fréquemment rencontrée. L’autorisation d’absence au travail, pour les personnels salariés,  limite les problèmes générés par la nécessité de veiller sur l’enfant tant sur le plan physique qu’affectif. Le maintien dans un cadre connu, sécurisant, rend la  maladie banale, attrayante et bien vécue, malgré ses désagréments, tant pour l’enfant que pour les parents qui ont ainsi la possibilité d’assurer la fonction de « garde-malade ». Les professions non salariées s’organisent différemment, à travers le réseau amical, la cellule familiale ou des gardiennes pour l’occasion. Dans l’ensemble, les absences pour maladie avec maintien à la maison, ne représentent pas de traumatismes graves mais sont plutôt sources de bénéfices secondaires pour l’enfant et une occasion d’échanges privilégiés avec les parents, infirmiers transitoires.

L’enfant hospitalisé.

L’hospitalisation pourra se révéler indispensable pour une meilleure surveillance du petit malade ou la mise en place de soins complexes nécessitant un personnel et un matériel adaptés. Cette indication thérapeutique concerne tout autant le nouveau-né – dans les services de néo-natologie – que les plus grands dans les différents services de l’hôpital pédiatrique.

L’enfant prématuré, de petit poids, en détresse physique, sera gardé en observation ou en soin, pour sa sécurité, dans un des services de l’hôpital. Au traumatisme de la naissance se cumuleront des épreuves physiques ( piqûres, intubations, interventions chirurgicales, manipulations par des mains étrangères.) et des traumatismes psychologiques (séparation, le plus souvent partielle, d’avec la maman, générant des explosions d’angoisses ).

Le soin spécifique et personnalisé que le nouveau-né est en droit d’attendre de sa mère se trouve bouleversé par des mesures d’urgence dans un univers très technologique aux multiples intervenants.

Quels que soient les progrès effectués dans les formations médicales et para- médicales , la dimension psychologique reste le parent pauvre de l’enseignement ; dans la pratique, la sauvegarde de la vie sera considérée, à juste titre sans doute, comme la priorité absolue. Les équipes de réanimation ou les équipes chirurgicales interviendront en ce sens dans les plus brefs délais.

La phase aiguë des soins sera suivie par une étape d’observation en couveuse puis hors couveuse, phase durant laquelle le nourrisson subira des examens et des manipulations pas toujours agréables. La présence parentale autorisée et encouragée trouvera sa place tout au long de ces épreuves ; cette présence dès le premier instant de la naissance, permettra la création du lien primordial mère-enfant, véritable « cordon ombilical » de l’amour, garantissant la mise en place des bases essentielles des premières étapes de la construction psychologique du bébé. Ce lien affectif passera par la présence des parents auprès de l’enfant. La communication sera favorisée à tout au long des contacts physiques lors des soins de change ou en dehors de ceux-ci par le toucher, les caresses, l’allaitement, le jeu, sans oublier la parole, l’odorat, la vue… Le nouveau-né cherchera, tout autant que la maman, assurance, sécurité et chaleur. Sur ces bases se construiront le désir de vivre et les premières relations déterminantes pour la solidité des futurs investissements affectifs. Le reste de la fratrie devra avoir aussi sa place au chevet du tout-petit en favorisant visites et échanges. Aux traumatismes de l’enfant se surajoutent l’impact psychologique subi par la maman et l’ensemble de la famille revenant les mains vides de la maternité : l’angoisse de mort ébranlera les parents dépossédés  du nourrisson attendu. Il sera nécessaire de mettre « en mots » ces craintes, en s’aidant éventuellement d’une écoute thérapeutique extérieure et de veiller à encourager le maintien des liens parents-enfant mis à mal tout au long de la séparation.

L’enfant plus grand vivra cette hospitalisation de manière variable selon son degré de maturation, la qualité des liens familiaux, la formation psychologique de l’équipe soignante, la longueur de l’hospitalisation et la nature des soins. Nous devons avoir conscience de l’existence d’une épreuve majeure tant physique que psychique, tant pour l’enfant que pour l’environnement parental. Cette épreuve demandera réflexion, paroles et échanges entre les différents partenaires et parfois la présence d’un professionnel (pédopsychiatre, psychologue) sera indiquée, évitant ainsi les répercussions futures de telles séparations. Les « conseils » de personnes non averties sont fréquents et souvent mal adaptés.

Une grand-mère, forte de son expérience de mère, répétait à sa fille angoissée par la mise en couveuse de son nouveau-né en détresse : « ne t’y attache pas ce n’est pas la peine il risque de mourir ! » . Rien ne justifiait les dires excessifs de la grand-mère, cherchant par là à se protéger de sa propre angoisse de perte. Ce discours, hautement toxique pour l’enfant et la famille, contribua à altérer sérieusement les rapports mère-enfant et à mettre en place les bases d’une névrose infantile.

Dr Henri PULL / Psychiatrissimo
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Henri Pull

Henri Pull

Psychiatre et pédopsychiatre. Psychothérapeute. Expert médico-légal. Conférencier Formateur auprès d’entreprises. Intervenant Radio France. Auteur de deux livres : « Parents-Enfants » 200 réponses aux questions les plus fréquentes. (Édition Grancher) « Stress comment reconnaître et soigner vos 150 stress quotidiens ». (Édition Grancher)
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