Les adolescents. Comment les convaincre de ne pas fumer ?

Les adolescents. Comment les convaincre de ne pas fumer ?

1. Le tabagisme, comme la plupart des conduites addictives, débute à l’adolescence.

À cette période, elles permettent — quand elles restent à un stade d’expérimentation — de se confronter aux règles imposées par les adultes et la loi, de se forger ses propres limites.

Ce nouvel univers bouscule les modèles parentaux jusque-là respectés par le jeune et lui ouvre un avenir, le sien. Dans un schéma simple, avec la maturité de l’âge les conduites à risques et/ou addictives s’estompent quand le jeune se construit et trouve dans sa vie des objectifs clairs où les addictions perdent leur intérêt. Le problème avec un produit comme le tabac est la puissance de la dépendance physique et psychologique qu’il induit. Cette dépendance va entraîner très rapidement une consommation régulière et une perte de contrôle sur la liberté de ne pas fumer. L’arrêt du tabac sera alors plus compliqué que prévu, le piège s’est refermé. La proportion de fumeurs augmente considérablement entre 12–13 et 18 ans, passant en 1999 de 4 à 43% chez les garçons et de 4 à 45% chez les filles.

Deux tiers des fumeurs de tout âge ont essayé d’arrêter de fumer.

Chez les jeunes de 15 à 19 ans 75 % voudraient arrêter de fumer. Ces chiffres nous encouragent à maintenir de multiples actions en milieu scolaire vers une prévention primaire mais aussi vers une aide au sevrage tabagique dans le cadre d’une prévention secondaire. Ce volet d’aide au sevrage est de plus en plus réclamé par les jeunes eux-mêmes et nous nous attacherons à définir les modalités reconnues comme les plus pertinentes dans cette optique. Le tabac chez les jeunes présente des spécificités tant dans la consommation que dans les modalités du sevrage que dans le repérage, avant d’aborder les moyens d’aider nos jeunes nous allons exposer les spécificités de cette consommation chez les jeunes.

2. Particularité du tabagisme chez l’adolescent

Il n’existe pas de consensus reconnu pour la définition du tabagisme chez les jeunes.

À partir de quelle consommation parle t-on de tabagisme ?

Les jeunes fument parfois régulièrement, en grande ou très faible quantité, parfois très irrégulièrement, parfois seulement lors d’occasions très précises. « Combien de jours avez vous fumé ces 30 derniers jours » ou « combien de jours avez vous fumé ces sept derniers jours » semblent des formulations plus adaptées pour estimer leur tabagisme. L’estimation quantitative est tout aussi complexe et nous ne pouvons ici nous fier à la vente des cigarettes manufacturées, comme pour les adultes. Cette quantité est sous estimée. Les origines des cigarettes sont multiples : achats mutualisés, « vol » ou « emprunts », « prêt », vente au détail. La consommation est variable selon les jours.

De plus, nous ne pouvons différencier les cigarettes manufacturées des cigarettes roulées (un quart des fumeurs adolescents, deux fois plus chez les garçons que chez les filles).

Il est également difficile d’estimer la dépendance chez les jeunes. Le test de dépendance physique validé chez l’adulte (test de Fargesrtröm) présente des biais chez le jeune et plusieurs autres tests sont en cours de validation pour estimer cette dépendance chez le jeune. Le plus adapté pour l’heure est celui de Difranza ( Ce test explore le ressenti du jeune sur sa propre dépendance plutôt que des arguments quantitatifs ou temporels plus adaptés aux adultes).

À 18 ans, environ quatre individus sur cinq déclarent avoir fumé au moins une cigarette, les filles (81 %) un peu plus souvent que les garçons (78,9 %).

L’usage quotidien est largement répandu, sans différence entre les sexes. Les proportions de « gros fumeurs » (plus de dix cigarettes par jour) sont plus importantes à 18 ans qu’à 17 ans, tout comme celle des fumeurs quotidiens. Cela confirme un effet âge déjà observé à l’adolescence.

Fumer pour le jeune est un facteur de cohésion sociale entraînant une complicité et une solidarité entre amis, c’est une activité majeure pour remplir le temps. Le désir de fumer est fortement lié à l’environnement.

3. Particularité du sevrage chez l’adolescent

Deux tiers des fumeurs ont tenté d’arrêter 40 % souhaiteraient une aide pour cet arrêt. Environ 11 % des fumeurs réguliers s’arrêtent spontanément.

L’arrêt pour le jeune est vu comme une question de caractère. Les jeunes sont souvent surpris de la difficulté du sevrage, ils y voient un manque de caractère et se résignent alors à continuer de fumer.

Les signes de manques sont les mêmes que ceux des adultes mais les facteurs situationnels sont plus forts.

L’aide « chimique » de la substitution nicotinique pourrait être un apport thérapeutique. Les quantités de nicotine seraient plus faibles que celles nécessaires à l’adulte. En l’absence de données, on ne peut que faire l’hypothèse qu’une intervention précoce est susceptible d’abolir l’installation et le maintien de la dépendance au tabac chez l’adolescent.

Plus l’âge de la première cigarette sera précoce, plus il sera difficile d’arrêter. La dépendance s’installe chez l’adolescent avec un usage de tabac moindre que chez l’adulte.

L’initiation au tabac est favorisée par la pression perçue des pairs, par les évènements indésirables de l’enfance, par la présence de troubles psychiatriques et par la consommation d’alcool, de substances illicites, ainsi que par la facilité d’obtention de la cigarette des parents ou d’adultes.

Test d’estimation de la dépendance des jeunes. Test de Difranza:

Perte d’autonomie : score de 4 ou plus

(Un point par réponse positive.)

1°) Have you ever tried to quit but couldn’t?

2°) Do you smoke now because it is really hard to quit?

3°) Have you ever felt like you were addicted to tobacco?

4°) Do you ever have strong cravings to smoke?

5°) Have you ever felt like you really needed a cigarette?

6°) Is it hard to keep from smoking in places where you are not supposed

to, like school? In answering the last four questions, when you tried stop

smoking, or when you have not used tobacco for a while….

7°) Did you find it hard to concentrate?

8°) Did you feel more irritable?

9°) Did you feel a strong need or urge to smoke?

10°) Did you feel nervous, restless or anxious because you couldn’t

smoke?

4. Facteurs associés à l’arrêt chez le jeune

4.1. Facteurs de politique publique.

4.2. Facteurs individuels et contextuels: peu ou pas d’amis fumeurs (le risque de fumer est plus élevé si son meilleur ami est fumeur, avoir commencé plus tard le tabac, consommer du tabac moins souvent ou depuis moins longtemps, avoir une bonne confiance en soi et des parents qui désapprouvent le tabagisme. Le courage de

dire non au tabac est fortement corrélé avec la confiance en soi et l’ambition personnelle, une résistance aux pressions sociales, et aux modes, une meilleure maîtrise de ses pulsions.

Les jeunes qui envisagent d’arrêter sont conscients des signes de dépendance mais ils considèrent l’arrêt comme une question de volonté et de caractère. Ils n’attribuent leurs échecs au sevrage qu’à leur seule « faiblesse » de caractère.

Ils accordent très peu d’importance au contexte social. De plus ils ignorent les différentes techniques d’aide à l’arrêt du tabac. Une étude américaine montre qu’il n’existe pas d’effet identifiable de restriction du tabac chez les jeunes dans les programmes communautaires efficaces pour les adultes.(Rorbach et al. The california Tobacco Control Program, 2002.). L’information sur les effets sanitaires du tabac n’est pas suffisante en elle-même pour faire évoluer un comportement. Les adolescents seront plus attentifs aux effets à court terme (sur le souffle, le teint terne, les cheveux cassants, la mauvaise haleine, les caries et les dents jaunes) qu’aux pathologies graves se développant dans le long terme.

Les facteurs de réussites dans l’aide à l’arrêt des jeunes sont donc externes et contextuels dans un premier temps, avec une mobilisation des pouvoirs politiques dans la lutte contre le tabagisme à un niveau national. Une information sur les manipulations des industriels du tabac et une déconstruction de l’image positive véhiculée par le tabac.

Le relais doit être pris et appliqué au niveau régional, départemental et local et doit voir comme principale application l’interdiction de fumer dans les lycées et les lieux publics (facultés, universités …) Cette action environnementale est indispensable mais non suffisante. Des actions de préventions locales, au sein des établissements scolaires en particuliers et des programmes d’aide à l’arrêt doivent être développés.

Ces programmes se doivent d’être participatifs et les critères de meilleures réussites sont résumés ci-dessous:

  • programmes gratuits ;
  • fondés sur le volontariat ;
  • confidentiels ;
  • en groupe ;
  • au lycée sur les lieux de vie (accessibilité et anonymat par rapport aux parents) ;
  • interactivité ;
  • pas sous forme de cours ni de moralisation ;
  • proposant des ateliers ludiques, impliquant les jeunes dynamiques, concrets et pratiques ;
  • mesures personnalisées permettant un feed-back (tests de dépendance, mesure du monoxyde de carbone) ;
  • les activités proposées doivent aborder différents centres d’intérêt pour faire face à l’ennui et accepter son corps ;
  • ces programmes doivent offrir la possibilité d’un accompagnement moral et psychologique ;
  • leur encadrement doit être empathique.

4.3. Comment peut-on aider nos jeunes en désir de sevrage ou non ?

Très peu d’adolescents se rendent en consultation médicale ou infirmière pour une demande de sevrage tabagique.

Les rares adolescents retrouvés dans ces consultations ne s’y rendent souvent qu’une fois, au mieux deux et le plus souvent dans un contexte plus global de poly consommation et/ou de troubles psychologiques ou psychiatriques. L’aide apportée par le corps soignant chez le jeune est surtout une aide de repérage précoce lors des examens systématiques (examens des élèves de troisième en santé scolaire) par le conseil minimum par exemple et par le repérage des signes indicateurs de personnalité à risque d’addiction. Des formations initiales et continues sur les dépendances, le tabac et les différentes techniques de relation d’aide permettraient aux soignants d’aborder systématiquement ces problématiques.

5. Aspects des traitements potentiellement utiles

Expliquer la dépendance, son mécanisme pour rassurer sur les symptômes de sevrage. Débattre avec les jeunes sur le contexte social et les pressions qui amènent au tabac. Combattre les représentations de l’arrêt comme indicateur de force de caractère.

Mettre en place des programmes dans un contexte qui vise aussi les pairs, la famille, l’environnement.

Mettre en place des programmes innovants d’aide à l’arrêt et de suivi adaptés aux adolescents.

En amont nous aiderons au mieux nos enfants dès l’école élémentaire par les apprentissages au contrôle de soi, à la gestion du stress et des émotions, aux stratégies de résistances aux incitations de l’environnement.

6. Conclusion

Les aides individuelles sont difficiles à mettre en place par l’absence de demande directe des jeunes. En revanche, ils se montrent volontaires pour participer à des actions en groupe de prévention mais surtout d’aide à l’arrêt. Certains concepts comme la base du groupe, du volontariat et de la gratuité de l’action sont à respecter. Les traitements classiques chez l’adulte peuvent être efficaces (substitution nicotinique) en général à des posologies moindres, mais le vrai traitement sera la qualité de la relation établie avec les jeunes et la revalorisation de leur estime d’eux-mêmes. Pour conclure définitivement, nous insisterons sur l’absolue nécessité d’appliquer la loi « anti-tabac » dans tous les établissements scolaires (c’est une demande importante qui émane des jeunes eux-mêmes) et sur la nécessité d’assurer la cohérence du discours et des actions de la communauté adulte

J. Kerjean / Revue française d’allergologie et d’immunologie clinique 45 (2005) 561–564

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