Les technologies persuasives

Ces technologies persuasives qui nous cernent tous. Leur seul but ? Nous persuader et nous guider dans nos actes quotidiens.

Elles sont en perpétuelle évolution dans les applications de smartphones, dans les programmes de tous ces gadgets sophistiqués qui utilisent des stratégies familières de simulation, de stimulation et de renforcement positif, pour nous permettre d’atteindre « leurs » objectifs et non plus les nôtres.

Dans le but d’influencer nos comportements, le conditionnement se manifeste dans les stratégies de micro persuasion utilisées dans le e-commerce par la plupart des sites du Web.

Les rubriques comme, les avis des internautes, le rappel des derniers articles achetés, les promotions ciblées spécialement pour nous, encouragent un sentiment de confiance.

La personnalisation et le nombre de fonctions incitatives nous persuadent à acheter d’abord, puis à revenir… puisque maintenant on nous connaît, et en plus, on ne nous oublie plus, puisque nos boites mail sont saturées de pressants messages de rappel.

Ces technologies, utilisant autant le langage de la séduction que celui de la persuasion, omniprésentes dans les programmes des matériels électroniques et sur  le net, finissent par nous être indispensables.

Une journaliste écrit que « son téléphone est devenu un entraîneur, un coach de vie et un confident. Il sait maintenant ce qu’elle mange, comment elle dort, combien elle dépense, combien elle pèse et combien de calories elle dépense à la salle de gym chaque jour ».

-       Ben, faut pas qu’elle le perde son truc, … son deuxième cerveau, sinon elle est foutue !

Les utilisateurs mesurent-ils bien l’impact que ces technologies de persuasion ont sur eux, sur leur autonomie et sur leur vie privée ?

Les fabricants de ces technologies se sont-ils intéressés aux conséquences morales et psychologiques de leurs créations ?

Dans les sites de partage, comme Facebook, les technologies persuasives sont d’autant plus convaincantes que nous ne réaliserons pas que nous les utilisons.

« Moins ces technologies ressemblent à des biens ordinaires, plus elles sont à l’abri».

La technologie a aidé l’homme à contrôler son environnement naturel, maintenant, elle est de nature à le soumettre aux désirs des technologues.

En fait, ces nouvelles technologies séduisent souvent en invoquant quelque chose de louable comme l’auto-amélioration.

Elles semblent plus susceptibles d’améliorer que de bouleverser nos vies et la plupart d’entre elles ne sont pas radicalement utopiques sur la façon dont leur utilisation va nous transformer.

Leur objectif est la création de réponses adaptées, basées sur l’analyse rationnelle d’un maximum de données personnelles collectées. Et, vous en conviendrez, c’est un message plus attrayant et rassurant qu’effrayant.

Les technologies nous aident à apprivoiser nos appétits pour les calories ou les dépenses excessives en agissant comme une sorte de conscience externe ; ces nouveaux programmes et dispositifs visent à contrecarrer nos incorrigibles désirs.

Pourquoi s’embêter à compter les points Weight Watchers d’un régime quand nous pouvons programmer notre « maison persuasive intelligente » et verrouiller le réfrigérateur et le garde-manger pour éviter le grignotage de fin de soirée ?

« Les technologies persuasives et l’intelligence ambiante promettent un monde où le contrôle sera plus efficacement externalisé. Contrairement à nous, ces technologies risquent de devenir plus intelligentes au fil du temps. »

En fin de compte, les buts des créateurs des technologies de persuasion ne sont pas seulement de nous rendre plus sensibles aux contextes proposés, de nous y adapter, de nous offrir des réponses personnalisées en temps réel, mais de deviner nos besoins futurs pour l’amélioration de notre vie et celui de leur chiffre d’affaires.

Ces technologies visent à anticiper nos désirs sans médiation consciente.

C’est le summum de l’efficacité : voir ses besoins et désirs prévus et les désagréments d’expériences imprévues, contrôlés.

Le jugement humain se trouve insidieusement influencé par des algorithmes programmés qui appliquent leurs propres normes et qui contrôlent les normes de son comportement, officiellement, dans le but d’une plus grande efficacité, d’une plus grande productivité et d’une vie plus saine.

Mais en se superposant à la machine humaine, ces technologies sapent une qualité humaine cruciale : la tromperie de soi.

Les technologues voudraient la remplacer par l’apparente constante honnêteté des données, qui, une fois traitées, promettent de nous connaître mieux que nous-mêmes.

Nous ne devrions pas avoir besoin de compter sur un capteur externe pour avoir un avis, pour apprendre les normes sociales complexes, pour avoir un comportement, tout simplement, « humain ».

Les hypocrisies quotidiennes et les compromis qui rendent la vie supportable sont précisément ce que l’intelligence ambiante et les technologies persuasives espèrent éliminer.

La tromperie de soi, c’est-à-dire le fait de se mentir à soi-même, est-elle intéressante à contrôler ou à éliminer ?

La technologie doit-elle nous aider à mieux comprendre les relations interpersonnelles pour les améliorer ?

Et en les améliorant, quel équilibre risque-t-on de rompre ?

Si demain nous sommes beaucoup plus conscients des signaux non verbaux que nous échangeons de manière souvent inconsciente, quel impact dans nos interactions sociales ?

En envahissant doucement notre monde intime, souvent plein de contradictions et de voltefaces, les technologies persuasives peuvent changer notre rapport aux autres, la teneur de nos échanges et notre capacité de décision.

Essayons d’en apprécier les tenants et les aboutissants avant de conclure qu’elles feront de nous l’Homme de demain, aux comportements codifiés et prévisibles.

Il ne sera plus nécessaire de feuilleter les catalogues de vente ou de parcourir les rayons des magasins à l’aveuglette, le consommateur sera orienté vers ce qui logiquement provoquera à coup sûr chez lui un intérêt et un possible acte d’achat.

Socialement, nos relations s’en trouveront changées.

Finie l’hypocrisie « politique » qui nous évite de nous disputer tous les matins avec l’irascible voisin, fini le mensonge « commercial », finie la bonne excuse, finis les retards sans justificatif : les technologies persuasives s’appuyant sur l’algorithme logique sont déjà là pour dévoiler à tous, l’illogisme de nos conduites et de nos propos.

Allez, sans faire dans la technologie persuasive, continuez à lire psychiatrissimo…

Docteur Henri PULL

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