L’hyperphagie : le « poids » du Stress.

Manger, engloutir et d’une certaine façon se gaver, voici une réponse inadaptée au stress. Cette réponse est pourtant de plus en plus souvent observée dans le monde occidental où le « tout disponible à toute heure du jour et de la nuit » s’applique à l’alimentation.

C’est une réponse « faute de mieux ». Elle n’a que le mérite de tempérer l’angoisse en ouvrant un chantier de poids : l’hyperphagie.

Nous dirons un petit mot sur l’hyperphagie qui devient aujourd’hui monnaie courante. Dans les salles de cinéma, n’a-t-on pas observé des spectateurs arrivant à consommer plusieurs milliers de calories durant le film.

Le « repas cinéma » se composant de bonbons, de barres chocolatées, de crèmes glacées consommées en abondance, de  pop-corn et, pour faire passer le tout, de magnums de soda.

Ce que vous achetez au cinéma est bien plus effrayant que le film d’horreur que vous êtes venu voir, selon une étude menée aux États-Unis et au Canada.

Le pop-corn, les sodas et les confiseries proposés aux spectateurs, avec leur quantité considérable de calories et de graisses saturées, sont de vrais films d’horreur à eux seuls. Une portion moyenne de pop-corn accompagnée d’un soda, vendue dans la première chaîne de cinémas des États-Unis, contient pas moins de 1610 calories, soit plus de trois hamburgers Big Mac, et 60 grammes de graisse saturée (alors qu’il est recommandé de ne pas dépasser 16 g de graisse saturée par jour.

Le CSIP, un groupe de vigilance et d’action en faveur d’une alimentation saine, a analysé les friandises vendues dans trois grandes chaînes de salles de cinéma au Canada et aux États-Unis.

Résultat : pour une petite portion de pop-corn, comptez entre 330 et 480 calories, 0,34 g à 1,09 g de sel et de 2 g à 13 g d’acides gras saturés, selon que le maïs a éclaté dans l’huile de colza ou de coco.

 

La grande portion de pop-corn comptabilise entre 730 et 1120 calories, de 3 g à 38 g de graisses saturées et entre 0,53 g et 1,48 g de sodium.

Et si vous ajoutez la boisson gazeuse ?

Selon les chaînes de cinéma, une petite boisson gazeuse canadienne correspond à un volume de 450 ml à 600 ml. Elle contient de 150 à 200 calories et de 11 à 15 cuillères à café de sucre. Cela correspond à notre grand format de soda. En France, la boisson petit format (250 ml) en contient 5 cuillères à café.

Vous préférez les sucreries au pop-corn. Et bien, un sachet de 150 g de M&M aux cacahuètes fournit 790 calories et 18 cuillères à café de sucre.

Le suspense du film sera ainsi contrôlé par la suralimentation sucrée du spectateur.

Quelles sont donc les origines de l’hyperphagie?

L’hyperphagie est le fait d’avaler de grandes quantités de nourriture sans que le corps en ait réellement besoin.

Son origine remonte le plus souvent aux premiers contacts avec l’alimentation, c’est-à-dire aux deux premières années de la vie.

L’éducation, les usages familiaux, l’anxiété parentale, les traumatismes endurés et non cicatrisés sont autant d’éléments à prendre en compte pour tenter d’en comprendre le sens.

L’hyperphagie correspond soit à des repas pantagruéliques soit à un grignotage permanent. Dans tous les cas l’apport alimentaire est très supérieur aux besoins caloriques du sujet.

L’obésité morbide en est l’aboutissement, avec des poids en constante croissance, malgré les discours navrés du mangeur excessif.

Ne voit-on pas des hyperphages atteindre 200 kilos et plus ?

A la différence du boulimique, il n’y aura ni crise aiguë, ni vomissement ou autre comportement compensatoire.

Il s’agit d’une vraie conduite toxicomaniaque.

La « frénésie » alimentaire sert de substitutif, de pansement à une absence d’amour, à une insatisfaction inconsciente; elle soulage transitoirement un mal-être profond.

L’aliment soigne, console, comble le vide de la vie mais il fini par limiter sa victime du fait du poids atteint et, au final il, la tuera plus sûrement qu’une balle dans la nuque.

Le traitement passera avant tout par l’évaluation du degré de motivation du malade, par la remise à plat des habitudes alimentaires après un audit approfondi de l’alimentation habituelle, par des conseils diététiques, par la prise en charge médicamenteuse éventuelle du trouble psychique sous-jacent et enfin par une démarche psychothérapique analytique.

Le travail effectué dans des groupes de paroles, à l’identique des groupes d’alcooliques, est réellement positif. Il rompt la solitude du mangeur excessif et par la parole le resocialise parmi des compagnons qui, sans le juger, comprendront son désarroi.

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Henri Pull

Henri Pull

Psychiatre et pédopsychiatre. Psychothérapeute. Expert médico-légal. Conférencier Formateur auprès d’entreprises. Intervenant Radio France. Auteur de deux livres : « Parents-Enfants » 200 réponses aux questions les plus fréquentes. (Édition Grancher) « Stress comment reconnaître et soigner vos 150 stress quotidiens ». (Édition Grancher)
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