Prévalence importante de l’autoagressivité dans les prisons

L’autoagressivité et le suicide sont fréquents chez les prisonniers ; pourtant, on ne dispose pas d’informations fiables suffisantes sur l’ampleur de ce phénomène et sur les caractéristiques des personnes à risque d’autoagression.

En outre, il est important de connaître la fréquence des suicides après des comportements autoagressifs et le profil des prisonniers les plus susceptibles de suivre cette progression.

Nous avons réalisé une étude cas-contrôle chez tous les prisonniers détenus en Angleterre et au Pays de Galle afin de vérifier la prévalence de l’autoagressivité au sein de cette population, les facteurs de risque associés, les effets de grappe et le risque de suicide faisant suite à des comportements autoagressifs.

Méthodes

Les dossiers d’incidents d’autoagression de toutes les prisons d’Angleterre et du Pays de Galle ont été rassemblés entre janvier 2004 et décembre 2009.

Nous avons effectué une comparaison cas-contrôle des prisonniers pratiquant l’autoagression et des prisonniers ne la pratiquant pas entre janvier 2006 et décembre 2009.

Nous avons également utilisé une méthode bayésienne pour examiner l’effet de grappe des personnes pratiquant l’autoagression. Les prisonniers ayant pratiqué l’autoagression avant de se suicider en prison ont été comparés aux détenus pratiquant l’autoagression.

Résultats

Au total, 139 195 incidents d’autoagression ont été enregistrés chez 26 510 prisonniers entre 2004 et 2009 ; parmi les prisonniers, 5 à 6 % des hommes et 20 à 24 % des femmes pratiquaient l’autoagression chaque année. Les taux d’autoagression étaient dix fois supérieurs chez les femmes, comparativement aux hommes. La répétition des actes d’autoagression était fréquente, en particulier chez les femmes et les adolescentes, parmi lesquelles un sous-groupe de 102 détenues cumulaient 17 307 épisodes d’autoagression. Dans les deux sexes, l’autoagressivité était associée à un jeune âge, à une origine ethnique blanche, au type de prison, à la condamnation à perpétuité ou à l’absence de condamnation. Chez les détenues, le fait de commettre un acte de violence à l’encontre d’un individu était également un facteur. Des preuves solides de l’effet de grappe selon le temps et le lieu parmi les prisonniers pratiquant l’autoagression ont été recueillies (corrélation intra-classe ajustée : 0·15 ; IC 95 % : 0·11—0·18). On compte 109 suicides en prison après des comportements autoagressifs chez les individus concernés, ce risque étant plus élevé chez les détenus pratiquant l’autoagression que chez les autres détenus ; et plus de la moitié des décès se sont produits dans le mois suivant un acte d’autoagression. Les facteurs de risque de suicide après des actes d’autoagression chez les hommes étaient un âge avancé et un précédent acte d’autoagression de mortalité élevée ou modérée ; chez les femmes, des antécédents de plus de cinq actes d’autoagression au cours d’une année étaient associés à un suicide ultérieur.

Interprétation

Le fardeau de l’autoagressivité chez les prisonniers est important, en particulier chez les femmes.

L’autoagressivité en prison est associée à un suicide ultérieur dans ce contexte.

La prévention et le traitement de l’autoagressivité chez les prisonniers est un élément essentiel de la prévention des suicides dans les prisons.

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