Sexualité et adolescence: en parler?

Les ados sont confrontés à de multiples questions autour de la sexualité. Quand commencer à aborder ces sujets avec eux ? Quel est le rôle des parents ?

Votre ado de 16 ans a son premier rendez-vous amoureux, votre fille de 13 ans voit sa poitrine se former, votre aîné s’interroge sur sa future sexualité… Pour les parents, ce n’est pas toujours évident de parler de tous ces sujets. Comment et quand les aborder ? Comment désamorcer les principales angoisses ?

A quel âge peut-on commencer à aborder ces sujets avec ses ados ?

Docteur Henri Pull : On ne peut pas vraiment parler d’âge, mais de stade de maturation. Celle-ci peut en effet être différente d’un enfant à l’autre. Une ado aura peut-être plus de poitrine qu’une de ses copines. Le cas d’une fille unique sera différent de celui d’une fille qui a des grandes sœurs car, souvent, ce sont les aînées qui ont ce rôle d’informatrices, par leur expérience. De plus, maintenant, des cours d’éducation sexuelle sont intégrés dans les cours scolaires. Les filles sont généralement plus précoces que les garçons, et elles en parlent avec leurs copines.

Faut-il tout leur dire très tôt ou leur laisser une part d’apprentissage et de découverte ?

Dr H. P. : Parler de ses expériences, chercher à conseiller et à savoir à tout prix relève de l’intrusion. A un certain âge, l’enfant est pudique et il est préoccupé par autre chose. Laisser le temps faire les choses est une bonne chose, mais on peut leur laisser la porte ouverte…

Un membre de la famille ou une personne extérieure ?

Dr H. P. : Ça dépend de la position des parents vis-à-vis de l’adolescent. Mais il arrive que la jeune fille perçoive la mère comme ringarde, comme un intruse et qu’elle rejette toutes ses paroles. Les parents peuvent s’en charger s’ils ont une bonne relation avec leur enfant. Mais, généralement, les enfants parlent plus facilement s’ils sont face à quelqu’un d’extérieur, de neutre. Ils donneront une version plus détaillée. Sans oublier la gêne de faire entrer les parents dans leur intimité. Ce qui ne sera pas le cas s’il s’agit d’une tante ou d’une cousine. Le planning familial peut être une bonne alternative. Le médecin traitant peut aussi avoir ce rôle car il ne juge pas mais informe.

Sous quel angle faut-il d’abord aborder la question : l’acte en lui-même, la contraception, les MST… ?

Dr H. P. : Il faut faire attention à ne pas associer le sexe à un risque mortel, et ne pas l’aborder sur un mode dramatisé. C’est malheureusement souvent le cas de nos jours, et ça pourrait tuer beaucoup de choses. Finalement, les enfants ne savent pas vraiment ce qu’est l’acte sexuel… Il faut qu’ils regardent la sexualité comme ils regarderaient une grenouille : avec des termes anatomiques, tout comme on expliquerait la dentition, et qu’ils mettent avant un nom sur les choses. Ensuite, on peut parler de la contraception et de son intérêt. Et on parlera des MST comme d’un problème à part

Dr H. P. : Pour tout ce qui concerne l’amour et la sexualité, les copines constituent une cellule importante, de confiance. Aujourd’hui, les ados peuvent aussi s’informer dans les revues, la télé et sur Internet, mais il faut s’en méfier, car les normes véhiculées par la télé diffèrent de la réalité. Les jeunes filles s’identifient aux héroïnes de collège qui multiplient les relations sexuelles alors qu’en quatrième ou en cinquième, c’est rarement le cas… Ceci dit, il y a de très bonnes émissions télévisées, et très ludiques !

Comment aider son ado à accepter les transformations de son corps ?

Dr H. P. : Les parents peuvent prendre en charge les consultations chez le dermato pour les problèmes de peau, chez le gynécologue pour la pilule… Avec la fille, la mère a un plus grand rôle à jouer que le père. Mais la grande sœur, la tante ou la marraine peut aussi intervenir, par exemple pour acheter le premier soutien-gorge. Les garçons ont besoin de conseils eux aussi. La dimension narcissique est essentielle chez l’adolescent. Il faut être attentif à la moquerie qu’il peut subir, à sa peur de ne pas plaire, à sa maladresse, à son problème de voix éraillée… Tous ces symptômes peuvent cacher une dépression sous-jacente, donc il faut faire preuve de bon sens. Rappelons qu’il y a entre 900 et 1000 suicides de jeunes par an.

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Henri Pull

Henri Pull

Psychiatre et pédopsychiatre. Psychothérapeute. Expert médico-légal. Conférencier Formateur auprès d’entreprises. Intervenant Radio France. Auteur de deux livres : « Parents-Enfants » 200 réponses aux questions les plus fréquentes. (Édition Grancher) « Stress comment reconnaître et soigner vos 150 stress quotidiens ». (Édition Grancher)
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