Une mortalité élevée dans les troubles du comportement alimentaire

Les troubles du comportement alimentaire sont fréquents et s’accompagnent de complications somatiques avec un risque élevé de mortalité.

En matière d’anorexie mentale, ce risque est consubstantiel de la description de la maladie : dès 1689, la première mention de cette affection (par Richard Morto) rapporte ainsi le décès d’une patiente, et cette composante létale existe dans l’évocation initiale de l’« anorexia nervosa » faite en 1874 par William Gull (un célèbre praticien britannique).

Malgré l’existence de facteurs prédictifs évidents de mortalité dans les troubles alimentaires (comme la gravité de la perte de poids, des comorbidités, de la psychopathologie associée ou comme la sévérité des troubles alimentaires eux-mêmes), notre connaissance en la matière demeure limitée.

On pourrait penser a priori que la mortalité spontanée s’avère élevée dès le début de la maladie (car les complications somatiques de la malnutrition compromettent la longévité) et qu’elle reste importante ultérieurement, du fait de l’affaiblissement dû à la famine, des suppositions analogues pouvant être faites sur l’évolution de la mortalité par suicide.

Une étude récente montre que la mortalité concerne surtout les malades souffrant d’anorexie (comparativement aux sujets boulimiques).

Débutée en 1987, elle a suivi pendant une médiane de 20 ans, 246 patientes prises en charge pour une anorexie mentale ou une boulimie.

Pour l’anorexie, les ratios normalisés de mortalité sont élevés au début de l’étude (7,7 au cours des 10 premières années), mais diminuent avec l’augmentation de la longueur du suivi.

Et ces ratios normalisés de mortalité augmentent avec la durée de la maladie (3,2 pour une durée de moins de 15 ans, et 6,6 pour une durée de plus de 15 ans).

Les ratios standardisés de mortalité par suicide demeurent élevés dans l’ensemble (25,2) mais semblent diminuer avec le temps. Cette analyse présente plusieurs atouts : l’échantillon a été bien défini, les participants ont été correctement évalués, et la période d’observation a été prolongée.

Pour la boulimie, les ratios normalisés de mortalité sont également augmentés, mais pas de façon statistiquement significative.

Cependant, la taille de l’échantillon étant faible pour les sujets boulimiques, « il reste possible qu’un échantillon plus large aurait révélé une mortalité élevée dans la boulimie aussi. »

Une autre limitation de l’étude (commune à la plupart des travaux sur ce thème) concerne les troubles alimentaires « non autrement spécifiés » (eating disorder not otherwise specified) qui n’ont pas été inclus dans cette recherche, bien qu’ils constituent les pathologies les plus fréquentes en la matière.

Que retenir de cette étude ? D’abord, cette mortalité élevée dans l’anorexie mentale confirme l’importance de ce trouble du comportement alimentaire en termes de santé publique.

D’autre part, précise Scott Crow, qui commente l’étude dans American Journal of Psychiatry, « l’évolution temporelle de la mortalité plaide fortement pour renforcer le dépistage précoce des troubles de l’alimentation et leur traitement précoce. »

Enfin, on constate l’efficacité supérieure des psychothérapies délivrées à l’adolescence, comparativement à l’âge adulte.

On pourrait donc « diminuer la mortalité globale en intervenant plus tôt », d’autant plus que le risque de suicide semble maximal au début de la maladie.

Auteurs

Dr Alain Cohen

Ce contenu a été publié dans anorexie, boulimie, Comportements alimentaires, Généralités, Obésité, avec comme mot(s)-clef(s) , , , , , , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>